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Zoom sur le secteur textile en Tunisie

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Le secteur textile et habillement constitue l’une des plus grandes filières pourvoyeuses d’emplois en Tunisie. Sa participation aux équilibres économiques et sociaux du pays est importante. Cependant, comme les autres secteurs en proie à la concurrence, celui-ci commence aussi à montrer des signes d’essoufflement et nécessite des mesures de consolidation pour qu’il puisse maintenir sa position. Dans cet article, faisons un petit tour d’horizon sur cette branche d’activité et son avenir.

Cette filière de l’industrie tunisienne est la force de l’économie nationale. Il tire profit notamment de son emplacement proche de l’Europe, de sa main d’œuvre compétitive qui lui permet de livrer rapidement des commandes et de son respect des normes internationales. Après une quarantaine d’année d’existence, cette industrie s’oriente surtout dans la confection des habits haut de gamme et fonctionnels en moyenne ou en petites séries. Ces activités sont réparties en entreprises de filature, tissage, finissage, bonneterie, confection et accessoires.Outre les prêt-à-porter, vêtements et sous-vêtements haut de gamme, ces industries confectionnent également des textiles techniques avec les produits comme les vêtements de protection, gilet de sécurité, airbags, sièges d’avion, filet de pêche, cordage, masque de protection, prothèses orthopédiques etc. Le gouvernorat de Monastir avec son pôle textile, le parc industriel d’El Fejja dans le gouvernorat de Manouba, le gouvernorat de Kasserine avec ses entreprises textiles et habillement font partie des régions opérant dans ce secteur. Il existe également des sociétés résidentes qui se lancent dans l’exportation à Nabeul, Sousse et Bizerte.

La filière textile, habillement et cuir compte 1880 entreprises dont 90 % sont totalement exportatrices. 45 % de ces structures sont en partenariat avec des industries étrangères. Ce secteur occupe une place de choix dans l’économie du pays car il génère 6 000 millions de dinars tunisiens d’exportation chaque année. Ses points forts s’articulent notamment dans la production et vente du coût minute. A titre d’exemple, pour le prototypage, il met 3 jours, la même durée pour l’industrialisation du produit et le cycle de production. Les produits seront ensuite  livrés dans un délai ne dépassant pas 3 jours. Cette production rapide et la forte réactivité permettent de maintenir la compétitivité et la rentabilité de la production à coût compétitif. Le bon niveau de qualité constitue aussi un atout de ce secteur. Ce niveau de qualité est assuré grâce aux instituts de formation universitaire et professionnelle mis en place par l’Etat. Citons entre autres, les centres sectoriels de formation d’agents de maîtrise et de techniciens en textile, l’institut supérieur des études technologiques de Ksar Hellal, l’école nationale d’ingénieur de Monastir, le centre de formation d’ouvriers spécialisés en textile etc. Les élèves sortant de ces écoles et instituts maîtrisent la quasi-totalité de cette filière. Les coûts salariaux faibles comparés à ceux en France ainsi que la législation favorable aux industries étrangères(accord de libre-échange avec l’Union européenne, la Turquie etc., exonération de taxes sur le revenu, le CA et les bénéfices pendant 10 ans)attirent les investisseurs à délocaliser leur production dans le pays. Enfin, le respect des normes européennes concernant l’environnement, la sécurité et la santé est un atout de la Tunisie face à d’autres pays.

Cependant, ce secteur fait face à de nouveaux défis. La branche est entièrement dépendante aux donneurs d’ordre européens sur le plan approvisionnement et commercialisation. Or, le nombre de ces donneurs d’ordre est limité (Français, Allemands, Italiens, Belges et Anglais). A plus long terme, cet avantage risque de s’effriter avec la montée en puissance de la concurrence chinoise. La Chine peut en effet proposer des coûts plus compétitifs car elle ne respecte pas les normes internationales. De plus, elle propose des salaires très bas à ses ouvriers et fait même travailler des enfants. Les garanties de survie qui permettent aux industries tunisiennes de maintenir leur partenariat sont ainsi le rapport qualité-prix, l’accélération de la livraison de la commande et l’encouragement fiscal.

Par ailleurs, le manque d’encadrement et l’absence de stratégie de marketing font aussi partie des problématiques à résoudre pour ce secteur. Il y a également l’insuffisance de matières premières.A titre d’exemple, beaucoup de régions ne sont pas encore desservies par l’eau. Ce qui constitue un blocage dans l’extension de l’exploitation des zones industrielles. Enfin, l’augmentation de salaire de ces 5 dernières années dans le secteur privé impacte également sur les charges des entreprises alors que la grande partie de leur production est assuré par la masse salariale.

Ce secteur qui représente plus de 20 % des exportations tunisiennes emploie 176 000 personnes soit 32 % environ des salariés dans le secteur manufacturier. La majorité des salariés est composé de gent féminine. La branche confection occupe 75 % d’emplois et fournit chaque année 6 000 postes.Les métiers disponibles dans ce secteur sont nombreux. Citons entre autres le métier de patronnier-egradeur, maroquinier, designer textile, opérateur textile, opérateur de découpe, agent de finition textile,matelasseuse, coloriste textile, conducteur de machine d’impression, préparateur de commande, régleur de machines etc. La capacité de travailler en équipe ou en chaîne de production, l’art de la finition, l’endurance sont les qualités requises pour les opérateurs dans la production. Ce sont des postes qui représentent le plus grand nombre de recrutement.

Ce secteur a depuis longtemps traversé des crises car bon nombre d’entreprises œuvrant dans cette filière ont dû fermer leurs portes face au démantèlement de l’accord multifibres dans les années 2010. La pression concurrentielle de l’Asie ainsi que la hausse de salaire et de charges constituent aussi des difficultés empêchant son développement. Or, la baisse des exportations a entraîné la compression du personnel employé. Ainsi, depuis 5 ans, le secteur affiche une perte de 40 000 emplois et la fermeture de 400 entreprises.

Pour promouvoir cette filière, la Fédération tunisienne de textile et habillement présente un plan de relance. Ce plan s’oriente vers l’élaboration d’un pacte de compétitivité à l’horizon 2021. La conclusion de ce pacte appartient au gouvernement et la Fédération. Selon cette dernière, il faut revisiter les règles d’origine régissant les échanges entre l’Union européenne et la Tunisie. Dans ce plan, les industries de textile doivent aussi respecter les valeurs de préservation de ressources naturelles, et la défense de la biodiversité. Il prévoit aussi l’amélioration des infrastructure set l’aménagement des nouvelles zones industrielles. Une enveloppe de départ de 50 millions de dinars sera d’ailleurs octroyée pour le développement du secteur dont 10 millions seront dédiés aux structures privées.Au programme, il y a également la mise en place des solutions incitatives spécifiques comme la prévision d’un tarif préférentiel de l’énergie et de l’eau, les procédures administratives facilitées etc. Le plan relatif à l’intégration envisage également les mesures pour attirer les partenaires stratégiques importants, la conception et le montage des projets avec les partenaires potentiels. En termes de promotion, la FTTH avance une solution du développement de la diplomatie économique afin d’améliorer l’accès aux marchés de l’Union européenne et aux marchés des Etats-Unis.

Enfin, pour améliorer la formation tout en luttant contre le chômage, le plan prévoit aussi une formation de reconversion des diplômés en filière textile. Ces mesures prises pour le court terme et le long terme visent à constituer un tissu industriel solide basé sur une économie compétitive et exportatrice.

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