Retour

Zoom sur le secteur pharmaceutique en Tunisie

Blog > Zoom métiers > Zoom sur le secteur pharmaceutique en Tunisie

 

 

Le système pharmaceutique tunisien allie un modèle mixte du secteur public et privé. Les structures de règlementation et de contrôle, les organismes d’approvisionnement et les pharmacies œuvrent ensemble pour répondre aux exigences de santé publique du pays. Ce secteur exportateur constitue ainsi un poids non négligeable dans le développement économique de la Tunisie et dans la création d’emploi.Cependant, ilfait état de quelques insuffisances qui impactent sur ses performances. Focus sur les problématiques de ce secteur et son avenir.

La majorité de la population tunisienne bénéficie d’une couverture d’assurance-maladie. Elle est assurée par les régimes de la sécurité sociale ou par l’Etat pour les personnes les plus démunies ou au seuil de la pauvreté. Les problèmes du secteur pharmaceutique s’articulent notamment autour des déficits des caisses sociales et ceux des entreprises comme la PCT dont l’objectif est de garantir l’accessibilité financière aux médicaments.

Le premier problème découle de l’inégalité entre les citoyens et de défaillance du système de couverture. En effet, bien que la population à revenus limités profite d’une assistance médicale gratuite, elle ne bénéficie pas d’un certain nombre de prestations et de médicaments.Or, cette privation est source de détournement dans les pharmacies, dans les polycliniques de la Caisse Nationale de Sécurité sociale et dans les entreprises publiques comme le STEG, la SNT… Les fonds détournés atteint 11 millions de dinars pour l’année 2016 dans les polycliniques de la CNSS selon le rapport de la Cour des comptes. Dans ces points de distribution, on note l’absence du pharmacien du contrôle et du suivi, le manque de fonctionnaires et le nombre important des patients.

D’autre part, le secteur pharmaceutique tunisien est également confronté à des problèmes de pénurie de médicaments, à la lenteur de délivrance d’autorisation des mises sur le marché des médicaments (A.M. M),en dehors des difficultés structurelles(la Pharmacie centrale requiert aussi une restructuration).

Outre ces crises, le secteur est aussi confronté à une crise d’ordre économique. Pour rappel, le système pharmaceutique tunisien est basé sur la rémunération en faveur des entreprises « innovantes » à travers les brevets et en faveur de grossiste et pharmacie avec la marge. Or, ce système ne permet pas de valoriser le rôle social du pharmacien. De plus, la liste des médicaments susceptibles d’avoir plus des effets indésirables que des effets thérapeutiques ne cesse de s’étirer alors que certains de ces médicaments peuvent même avoir des effets nocifs. Or, du fait qu’ils sont rentables au niveau commercial, ils sont toujours vendus sur le marché quitte à sacrifier des vies humaines. Il y en a ainsi des médicaments commercialisés à plus de 84 000 dollars qui ne peuvent même pas obtenir un brevet. Le scandale de fraude et manipulation des essais cliniques des firmes multinationales leaders dans l’approvisionnement des médicaments à l’échelle internationale explique ce phénomène. Les industries pharmaceutiques « innovantes » ne se soucient plus que d’engranger le maximum d’argent sans plus apporter d’innovation.

Concernant justement le brevet des médicaments qui permet à son titulaire de défendre à un tiers le droit d’exploitation ou de l’innovation, le texte de la loi reconnaissant ce brevet est apparu dans la fin du 19 e siècle. Dans les années 80 jusqu’à 2005, ce type de privilège est octroyé aux industries pharmaceutiques étrangères afin qu’ils s’implantent dans le pays et y produisent leurs produits. Ce qui permettait à la Tunisie de ne pas importer des médicaments fabriqués localement. Or, ces firmes ont manqué à leur engagement qu’est l’investissement dans le pays pour garantir le transfert de la technologie. En outre, ce système de protection des droits de propriété est source d’abus car il se base sur un système d’escroquerie et de falsification d’essais techniques dans le but d’amasser des richesses tout en faisant peu de cas de l’aspect éthique.

On recense 43 entreprises pharmaceutiques qui emploient 8 800 salariés dans le pays dont 1 000 en service et 50 % des cadres diplômés de l’enseignement supérieur.La vente des médicaments affiche une croissance dans l’ordre de 7,5 % par an. La performance de ce secteur est assez satisfaisante au niveau d’exportation car entre 2012 à 2017, il a presque doublé passant de 60 MD à 116 MD. A l’horizon 2023, les objectifs sont le maintien d’une croissance à plus de 8 %, la création de plus de 2 000 emplois et l’accroissement de la production de l’exportation de l’industrie pharmaceutique de 13 % à 26 %.Pour atteindre ces objectifs, l’Etat devrait engager des réformes sur la politique d’achat des médicaments, l’approvisionnement par la Pharmacie centrale, l’accélération de délivrance d’obtention des autorisations sur le marché et l’investissement sur la biotechnologie.

Notons que les unités dans ce secteur peuvent proposer plusieurs postes à l’intention des jeunes diplômés en pharmacie, en bioanalyse, chimie etc. Parmi les profils embauchés, on peut retrouver le poste de technicien en recherche clinique, technicien de laboratoire médical, bioanalyste, pharmacien chercheur, technicien pharmacie, pharmacologue, microbiologiste, pharmacien, ingénieur biochimiste, préparateur en parfum cosmétique et aromatique,ingénieur formulation de produits, chercheur labo, responsable des affaires réglementaires etc.

Or, pour pouvoir embaucher des jeunes diplômés, il faut que ce secteur se spécialise et exporte plus afin de gagner en compétitivité.

Comme on l’a déjà vu plus haut, ce secteur aurait encore à faire face à de nombreux problèmes à solutionner. Parmi ceux figurent la pénurie des médicaments, la crise de la Pharmacie centrale qui tient le monopole de l’importation des médicaments…

Concernant justement le manque de médicaments, ils concernent notamment ceux importés dont les génériques ne sont pas fabriqués localement. Or, à la source de cette rupture de stock se trouve les difficultés financières de la Pharmacie centrale et la hausse des dettes de CNAM et des structures hospitalières. En effet, la CNAM doit à la Pharmacie centrale 800 millions de dinars pour le mois d’avril de l’année 2018. Elle a promis de s’acquitter d’un montant mensuel à la Pharmacie centrale et aux structures hospitalières, mais elle n’a pas tenu cet engagement jusqu’à ce jour.Cela a fait exploser l’endettement de la Pharmacie centrale qui atteint 380 millions de dinars. Par ailleurs, la santé publique ne fournit que 25 à 30 % des recettes de la CNAM qui prend en charge la santé publique, le tiers payant et le remboursement, même si 80 % de la population effectuent des soins auprès du secteur public. Ce système atteint ainsi ses limites et il est nécessaire d’établir un autre système de financement de santé.

Quant aux problèmes de la Pharmacie centrales, ils concernent la compensation des médicaments importés lors de l’achat des médicaments et les dettes de CNAM. Pour continuer à fonctionner, elle est obligée de puiser dans ses fonds de roulement afin de résister pendant quelques moins.

Or, si ce secteur pharmaceutique pourrait surmonter ces crises et ces problèmes, il pourrait faire mieux en couvrant 70 % de la consommation locale. A noter que cette industrie constitue un important potentiel de croissance qui nécessite un renouveau. Les solutions à envisager consistent entre autres à soutenir la Pharmacie centrale, à renforcer le secteur de l’exportation et à revoir les marges pharmaceutiques et la politique de la prise en charge des médicaments par la CNAM.

 

 

Ces articles peuvent vous intéresser ...