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L’emploi dans le nord et le centre de la Tunisie

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La Tunisie est localisée à l’ouest de la Lybie et à l’est de l’Algérie. Sa superficie couvre 163 610 km2, ce qui lui fait le pays le plus petit de la région maghrébine.Le nord-ouest s’étend du Tabarka à Rouhia regroupant administrativement les gouvernorats de Beja, Le Kef, de Jendouba et de Siliana et couvrant 10 % du territoire. Mais Bizerte est la plus grande ville du nord. Il est considéré comme les zones les plus rurales du pays.Le centre est composé des gouvernorats de Sousse, de Monastir, Mahdia, Sfax, Kairouan, Kasserine et Sidi Bouzid. Sfax occupe le deuxième rang du pays en termes de population.

Le nord possède une vaste étendue de forêts. C’est pourquoi l’Etat cherche à valoriser les ressources forestières de ces régions à travers le projet ayant obtenu le crédit de la Banque de 100 millions de dollars. Ce projet vise 25 paysages forestiers dans le nord dans 8 gouvernorats dont Bizerte, Jendouba, Siliana, Kasserine, le Kef, Sidi Bouziz et Kairouan. Le ministre de l’agriculture a aussi adopté le début de l’année dernière un décret permettant aux habitants des forêts d’accéder gratuitement aux ressources pour les cueillir en vue de les distiller sous condition d’être organisé sous forme de Groupement de développement agricole (GDA). Et cela en contrepartie de l’entretien et de la préservation de nappes forestières. Pour le moment, on n’enregistre que 3 signatures de GDA, qui ont défini leur périmètre d’intervention et leurs besoins en fonds d’investissement. Mais le projet devrait inclure 75 GDA environ d’ici fin de l’année 2019. Parmi cesGDA, il a le GDA de Maarouf dans le gouvernorat de Kairouan, présidé par la quadragénaire Wallid Sbai qui a fait des petits boulots avant de se mettre dans la fabrication d’huile de romarin.Son GDA est maintenant composé de 500 adhérents. Cette industrie artisanale a d’ailleurs contribué à propulser la Tunisie en tête du producteur mondial d’essence de romarin.

La start-up Agri Land fondée en 2011, spécialisée dans la production d’extraits naturels au CO2 supercritique, dans la région de Kairouan a aussi augmenté la valeur ajoutée de ses produits. Cette société ne se limite plus à la production d’huile essentielle pour la parfumerie mais elle investit aussi dans la fabrication d’ingrédients naturels pour l’industrie agro-alimentaire et nutraceutique. Le site de cette entreprise située au milieu de 50 000 ha de nappes forestières produit de l’extrait de romarin, le lycopène de tomates et les OPC de raisins. En plus de ces comprimés alimentaires, elle se lance aussi dans la production des arômes de gingembre, de vanille, des extraits de biomasses etc avec sa vingtaine de salariés. Mais avec l’ouverture du nouveau site de production, une cinquantaine d’employés seront recrutés. Cette start-up sous-traite actuellement la production de ces additifs naturels des partenaires suisse et français.

Le pays enregistre un taux de chômage stable de 15,5 % pour le dernier trimestre de l’année 2018. Dans le nord-ouest, il est de 17,5 % contre 19,1 % dans le centre ouest et 26,1 % dans le sud-ouest. Cette statistique s’explique par le faible taux d’investissement des opérateurs économiques ainsi que la difficulté d’accès aux financements bancaires et les disparités régionales post révolutionnaire. Les femmes sont les plus touchées par le chômage dans le nord-ouest là où l’agriculture est la principale activité économique. Le secteur privé est peu développé à cause du manque des capitaux. Justement à propos de ce chômage, le centre-ouest de la Tunisie, la Kasserine était deux fois le théâtre de pression sociale. Le premier lors de la révolution en 2011 et l’autre, vers la fin de l’année dernière lors de l’immolation par le feu du journaliste indépendant Abderrazak Jorgui, âgé de 33 ans.Cet homme sans emploi fixe s’est rallié à la cause des chômeurs installés depuis 9 mois devant le siège du gouvernorat. Mais exaspéré de l’absence de réaction du gouverneur, il a décidé de se transformer en torche humaine avec l’essence et mourut quelques minutes plus tard sans que personne puisse le sauver.Concernant le taux de chômage dans les régions ouest du pays qui affiche une baisse par rapport aux autres régions, la cause en est l’accroissement des nouveaux bénéficiaires des aides de l’Etat pour les personnes en situation précaire mais non pas la création de nouveaux projets de développement.

Par ailleurs, pour lutter contre l’analphabétisation, première source de chômage, le ministre des affaires sociales a décidé de créer à Kairouan un centre de compétences. La création d’autres centres multidisciplinaires est également prévue dans les différentes zones de Kairouan afin d’inciter les personnes inscrites au PNEA (programme national d’enseignement pour adultes) dans la création de micro-projets.Notons que chez les femmes dans les zones rurales, le taux d’analphabétisation atteint 41 % et le secteur de l’agriculture affiche un taux de 53 % des agriculteurs analphabètes.

Or, il faut dire que la région nord-ouest de la Tunisie est un véritable paradoxe. Elle possède beaucoup de richesses mais ses habitants sont pauvres. En effet, elle a d’importantes ressources hydriques avec des grands barrages, des cultures intéressantes, un potentiel forestier et écotourisme inestimable. Cependant, le taux de chômage est presque le double dans ces régions comparé à l’ensemble du pays.Les causes sont multiples. Premièrement, cette région vit d’un secteur agricole qui peine à décoller à cause de l’environnement climatique. De plus, la plupart des paysans résident dans les zones inaccessibles non dessertes par l’autoroute ni les réseaux ferroviaires. Ces populations sont également appauvries et déracinées au fil des siècles depuis l’époque beylicale, en passant par l’époque coloniale, jusqu’à l’époque de Ben Ali. Le gouvernement écarte aussi cette région dans ses projets d’investissement. Ce qui en fait que la région du nord-ouest figure en tête de liste en termes d’exode rural et de baisse démographique.

Dans le cadre de la lutte contre le phénomène d’exode rural, le gouvernement a signé l’accord de financement de 86 millions d’euros du fonds koweïtien pour le développement arabe afin de réhabiliter les routes dans les régions rurales. Ce montant remboursable sur 22 ans a un taux d’intérêt de 2 % par an. Ce projet prévoit la réhabilitation de 912 km des 22 gouvernorats dans le but d’améliorer l’écoulement des produits tout en réduisant le coût de la production. Cela permet également d’améliorer le niveau de vie des agriculteurs tout en réduisant les migrations dans les autres villes ou régions.

Le ministre du Commerce, Omar Béhi a aussi prévu la réalisation de 4 projets financés par la Banque mondiale d’un montant de 350 millions de dollars. Le premier concerne le financement de l’exportation pour les marchés à risques où les banques refusent leur soutien financier ; le deuxième projet porte sur le développement des paysages qui feront bénéficier 250 000 familles dans les régions forestières ; le troisième concerne sur l’inclusion des jeunes dans les régions désavantagées avec la création des projets innovants, à haute valeur ajoutée. Enfin, le quatrième projet concerne l’irrigation de 25 milles ha. Les trois derniers projets touchent plus particulièrement les régions nord-ouest et centre-ouest de la Tunisie. La Task Force, qui est une agence de multidisciplinaire assumera la réalisation de ces projets à l’échelle nationale

 

 

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