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Les conducteurs des taxis et de louage en Tunisie

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Le nombre de taxis en Tunisie environne 30 000 selon les estimations car on ne détient pas encore leur chiffre exact. Plus de la moitié de ces chauffeurs travaillent dans le Grand Tunis. Le métier des conducteurs des taxis et de voitures de louage attirent beaucoup car il permet de travailler à son compte et de s’exercer en indépendante une fois qu’on possède sa propre voiture et le patente.Mais il n’est pas aussi exempt des problèmes de sécurité et de difficultés comme les éventuels braquages, les touristes arnaqueurs, le coût des pièces détachés, les frais de réparation, les taxes annuelles. Le point sur le quotidien de ces professionnels et les risques du métier.

Le taxidriver peut travailler pour le compte d’un propriétaire de taxi ou louer un véhicule. C’est un métier qui nécessite une grande résistance physique et nerveuse car des fois ce professionnel peut être en contact avec des gens peu sympas. De plus pour pouvoir gagner sa vie et subvenir à ses besoins, il faut chercher des courses et faire plusieurs km par jour. Comme dans tous les autres pays, pour exercer ce métier en Tunisie, il faut détenir un permis spécial Taxi. Dans la politique de réduction de chômage, l’Etat facilite l’examen. Celui-ci se fait 2 fois par an. La détention d’un permis de conduire et d’autres critères de compétences sont requis lors de l’examen. Après la réussite de ce concours, il faut s’exercer en tant que « sana3 », un poste qui permet de percevoir 30 % des recettes. Après une année de service en tant que sana 3 ou assistant taxi, ce dernier peut acquérir sa propre voiture.

Mais il est rare de trouver un chauffeur qui dispose d’un fonds pour acheter son propre véhicule après un an de service. En général, les assistants passent plusieurs années pour essayer de se constituer une épargne afin de pouvoir faire un crédit auto. A noter également que l’Etat peut mettre plusieurs années (jusqu’à 5 ans) pour délivrer l’autorisation de posséder un taxi.Après avoir récolté la somme nécessaire, le conducteur de taxi peut contacter une des banques pour solliciter un crédit pour l’acquisition d’une voiture. De préférence, il faut acheter un véhicule neuf afin d’éviter le coût des réparations exorbitant et de pouvoir rembourser le crédit sur 5 ans. Sur le marché, la marque polo et Logan sont les plus prisées.

Tous les conducteurs de taxi ne doivent pas suivre ce chemin. A titre d’exemple, la femme conductrice de taxi, mère d’une jeune fille a débuté dans ce métier en louant la voiture d’un autre chauffeur à qui elle donnait une partie de son revenu quotidien. A l’époque, elle n’avait pas encore le permis requis ni de patente mais elle est obligée de devenir conductrice de taxi à la suite du mort de son mari.Ce n’est qu’à 35 ans qu’elle s’est présenté officiellement à l’examen pour obtenir le permis jaune.Mais son quotidien ne diffère pas de celui d’un autre taxidriver. Entre les problèmes de moteur, les réparations causées par son véhicule usagé, le loyer, la facture d’électricité, les frais de scolarité de sa fille et d’autres charges, elle peine à économiser des dinars. Sans l’aide ponctuelle de son frère en France, elle ne pouvait pas s’en sortir pour envisager d’acheter à crédit une voiture neuve pendant 5 ans. A noter en effet que la durée de vie d’une voiture de louage ou d’un taxi qu’on utilise au quotidien ne dépasse pas plus de 4 ans. Passé ce délai, elle commence à se dégrader et consomme des frais de réparations coûteux. Sans parler du temps d’inactivité lorsque la voiture reste chez le mécanicien. C’est la raison pour laquelle les conducteurs qui arrivent à récolter assez de dinars pour pouvoir prétendre à un crédit bancaire investissent dans l’achat d’un véhicule neuf.

D’autres chauffeurs de taxi préfèrent aussi recourir au service d’allo Taxi accessible à partir d’un abonnement mensuel de 70 dinars. Cette option leur permet de récupérer le client de chez eux et ils appuient sur le compteur lorsqu’il reçoit le coup de fil et fait payer un supplément de 3 dinars en moyenne. Pour pouvoir espérer des gains, ils doivent au moins avoir 2 clients par jour.

Malgré les conditions difficiles des chauffeurs de taxi et de louage, beaucoup préfèrent les horaires décalés, l’embouteillage, la concurrence, le stress et les risques de ce métier qu’un travail dans un call-center ou dans une entreprise. En effet, cette profession leur permet de mieux gérer leur vie au quotidien, d’être motorisé et de partir en vacances lorsqu’ils les souhaitent.

Quoi qu’il en soit, ces professionnels bénéficient de certains avantages comme le droit de douane 7 % lors de l’achat d’une voiture neuve. Le vice-président de la chambre nationale des propriétaires de taxis individuels a aussi annoncé une hausse de 8 % des tarifs des taxis individuels et de louage à partir du 1er janvier 2020. Les tarifs des auto-écoles vont augmenter aussi en parallèle. Rappelons au passage que les taxis, louage et transports ruraux ont aussi bénéficié d’une hausse de tarifs de 13 % le mois de mai de l’année 2018 suite à leur grève sur la demande de révision de tarifs, la subvention du carburant et l’instauration d’un système de sécurité plus fiable. La réunion de ce mois d’avril 2019 entre le ministre du transport Hichem Ben Hamed, le président de l’UTICA et d’autres personnalités et cadres dans le secteur du transport a débouché aussi sur la baisse du tarif de l’assurance, la répartition des dettes des professionnels auprès des banques, des CNSS et des compagnies de vente-location.

A noter que l’augmentation inattendue du prix du carburant dans tous les territoires du pays a causé la grève générale des taxis le 04 avril dernier. Les conducteurs de camion de transport de marchandises et de voiture de louage ont rejoint aussi ce mouvement de protestation. Un moyen de pression au gouvernement pour qu’il revienne sur sa décision, une mesure qui a été relayée dans les journaux.

Les taxis et autres moyens de transport en commun doivent faire une visite technique avant de pouvoir être loué ou utilisé par leur propriétaire. Mais les accidents de taxis dus à une faute de contrôle de freins ne sont pas inexistants. Un événement qui fait demander si la visite technique a été « acheté ». Mais le plus grand problème des conducteurs de transport en commun, c’est l’insécurité comme le cas du chauffeur de taxi tué à coups de pierre dans le croisement Zahrouni-Fouchana du mois de novembre dernier. Ce conducteur de taxi avait fait l’objet d’une agression et de tentative de vol après avoir eu le pare-brise fracassé à la suite des jets de pierres. Ce qui a provoqué la déviation de la voiture vers la barrière métallique qui a provoqué le mort sur le coup du conducteur. La Fédération tunisienne des taxis individuels a observé une grève à la suite de ce mort. Enfin, outre le problème d’insécurité, certains chauffeurs de taxi sont aussi accusés du non-respect du code de la route et de l’éthique de la profession ainsi que l’excès de vitesse.

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