Le secteur de l’art regroupe plusieurs spécialités allant du chant, danse, musique, sculpture, peinture pour ne citer qu’eux. Le sens de l’esthétique, l’inspiration et la maîtrise des aspects techniques sont les premiers critères requis pour exercer en tant que professionnels dans ces métiers. En Tunisie, il existe quelques formations permettant d’accéder dans ces métiers artistiques qui sont d’ailleurs peu exploités. Le point sur cette situation.
D’abord, en suivant des formations dans ces métiers, les participants peuvent augmenter leurs chances de vendre leur art, bien que cela soit encore difficile dans le contexte actuel. Il existe quelques écoles et académies proposant des cours dans ce domaine artistique. A titre d’exemple, on retrouve l’Académie d’art de Carthage qui propose des formations en arts et design, en plus de l’audiovisuel et le cinéma ainsi que l’infographie et le multimédia. L’institut supérieur des Arts et métiers de Sfax propose également un diplôme national en arts plastiques avec 6 spécialités pendant 4 ans et un mastère en arts plastiques. Le centre peut également délivrer une licence appliquée en arts appliqués ainsi qu’un diplôme national en design. De même, l’institut Supérieur des Arts et métiers de Tataouine délivre une licence appliquée en design et en arts plastiques.
En ce qui concerne les institutions de l’audio-visuel, on peut citer par exemple l’INA (l’institut international de la numérique et de l’audiovisuel) qui propose des licences appliquées en image, son, montage vidéo ou film, réalisation et production. Il y a également l’institut international du Numérique et de l’audiovisuel (IINA) qui propose des initiations à la télévision et les arts en dehors de la manipulation de caméra et de réalisation de films.
Les étudiants qui souhaitent approfondir le domaine de la musique peuvent quant à eux, apprendre plus au Conservatoire national de musique de Tunis ou à l’institut supérieur de musique de Tunis. Enfin, concernant les centres de formation de théâtres et des arts de la scène, on peut citer à titre d’exemple l’Ecole de l’acteur créée au sein du théâtre national tunisien. Cette école vise à former des comédiens qui peuvent confronter la réalité du métier. Après 8 mois de formation, les participants pourront entrer dans la première troupe permanente du théâtre national tunisien. L’objectif est de soutenir ces stagiaires afin qu’ils puissent obtenir les compétences requises qui leur seront des atouts dans leur parcours professionnel.
Certes, la dernière modification du projet de la loi concernant l’artiste a apporté quelques réformes dans ce secteur (couverture sociale, octroi de la carte professionnelle pour les moins de 18 ans etc.), mais force est de dire que l’état de ce secteur laisse encore à désirer. Dans cet univers, un artiste aurait à gérer lui-même sa notoriété et ses relations publiques tout en investissant dans son art. Cela est dû au fait que le budget du Ministère de la Culture n’est pas assez étoffé pour aider le secteur. Il sert uniquement à faire fonctionner le Ministère. Les artistes doivent alors se débrouiller pour survivre dans ce milieu. Prenons comme exemple le propriétaire de Rio, le théâtre qui a été restauré en 2014. Il a dit que ses investissements dans ses propres spectacles n’apportent pas souvent de bénéfices. De même, Hend Sabri, l’actrice tunisienne qui se fait un nom en Egypte devrait accepter une réduction de rémunération à moitié pour son rôle dans le film d’ouverture de JCC. Pour elle, il s’agit d’un geste de solidarité pour le maintien de l’industrie de cinéma locale. Mais il ne faut pas occulter que beaucoup d’autres artistes n’ont pas réussi comme Hend Sabri qu’ils soient comédiens, acteurs de cinéma ou peintres. Afin d’exposer et vendre leurs œuvres dans les galeries du pays, les peintres doivent souvent débourser de l’argent. Ceux qui ne disposent pas d’argent doivent exploiter d’autres moyens comme les réseaux sociaux pour faire connaître leurs œuvres. De plus, comme il n’y a pas de référence pour la valeur de l’art local, les propriétaires de galeries sont libres de fixer le prix des œuvres et des fois ces valeurs ne permettent pas à l’artiste d’engranger de bénéfices.
L’autre problème des professionnels de l’art tunisien, c’est qu’ils ont de difficulté à se présenter sur la scène internationale. Sauf les rares professionnels qui ont réussi à participer à des spectacles en Europe et qui ont obtenu un soutien financier. La reconnaissance artistique est aussi difficile à obtenir car il dépend entre autres de la mobilisation du ministère de la culture via les expositions à l’étranger, de l’exposition de l’association professionnelle et de l’activité de l’union des artistes etc.
L’absence de label et l’industrie de musique en Tunisie constituent également un blocage pour les artistes. Ainsi, il n’est pas rare que les étoiles montantes et ceux qui ont étudié en France grâce à une bourse choisissent d’y rester. Cela afin d’obtenir la sécurité sociale et enregistrer leur musique à l’étranger.Enfin, la problématique du secteur de l’art contemporain, c’est qu’on retient également des idées erronées sur l’appartenance des artistes tunisiens dans ce domaine. Des idées politiques qui mettent à mal le développement de cet univers créatif. Certains pensent en effet que ces professionnels actifs avant la révolution appartiennent au régime du président déchu de 2011. Certes, la révolution a transformé d’une façon radicale ce monde artistique. Mais cela ne signifie pas obligatoirement que les artistes avant la révolution sont des professionnels corrompus du régime Ben Ali. Pour exploiter au mieux la créativité des professionnels de l’art, il convient de se défaire de ces aprioris.
En dépit de ces problèmes dans ce secteur, les métiers de l’art séduisent une grande population d’artistes dont certains sont issus de la nouvelle génération après la révolution de 2011. On compte environ 500 professionnels dans les arts plastiques et 650 associations et compagnie de théâtre. Par ailleurs, une étude effectuée par la banque internationale arabe de la Tunisie sur les industries créatives et culturelles (ICC) a permis de montrer que la culture artistique présente un levier de croissance non négligeable pour l’économie tunisienne. En effet, malgré un pouvoir d’achat réduit des ménages tunisiens, ils s’intéressent aux œuvres créatifs. De plus, selon les statistiques, les tunisiens dépensent beaucoup plus d’argent pendant leurs loisirs. Le groupe bancaire souhaite apporter ainsi sa contribution dans le processus de développement de la culture.
Quoi qu’il en soit, le potentiel artistique de la Tunisie est vaste et peut encore s’épanouir. SadikaKeskesa raison de dire qu’il convient de conscientiser la population sur l’importance de l’art et la culture. Car les galeries ne recensent pas des collectionneurs ni d’acquéreurs potentiels qui viennent acheter les œuvres. Or, comme on a déjà dit, le Ministère de la culture et l’Etat manquent de ressources pour investir dans cette sensibilisation de la population. L’initiative portée par le BIAT est donc de bonne volonté mais il faut la soutenir et sensibiliser d’autres entreprises pour mettre en pratique un projet de soutien aux artistes.En somme, il faut un nouveau souffle à l’art contemporain tunisien et au secteur artistique en général pour qu’ils s’ouvrent plus sur la scène nationale et internationale.