6 décennies après l’indépendance, l’agriculture est considérée comme une solution efficace pour résorber les problèmes sociaux et économiques de la Tunisie, selon l’avis du président de l’UTAP. Il estime que le secteur agricole contribue largement à la sécurité alimentaire tout en aidant les autres filières comme le tourisme qui ne peuvent pas à eux seuls former la base de l’économie nationale. En guise de rappel, le secteur agricole génère environ 9 % du PIB et emploie 18 % de la population active avec l’agro-alimentaire. Ce qui lui permet de jouer un rôle non négligeable dans l’économie car non seulement il procure un revenu d’appoint pour de nombreuses familles, mais il ouvre aussi de marché aux entreprises exportatrices. Tour d’horizon sur l’univers de cette filière en Tunisie.
Les étudiants qui aiment le grand air et les travaux de champs rêvent de devenir exploitant agricole. Ce métier a tout son intérêt car l’Etat fait des efforts pour réduire les disparités entre ville et campagne avec à l’accès à l’électricité, à l’eau potable, aux soins médicaux etc. dans les zones rurales. De plus, grâce aux subventions de l’Etat et aux dépenses publiques en l’investissement dans l’irrigation et des ressources en eau, les conditions d’exploitation des agriculteurs s’améliorent depuis ces 20 dernières années.Pour les personnes intéressées dans l’exploitation de ce secteur, il existe de nombreux établissements qui dispensent des cours de formation professionnelle agricole et de pêche pour ne citer que les établissements d’AVFA. L’institut nationale agronomique de Tunisie propose également de diplôme de doctorat, d’ingénieur en agronomie, de mastère de recherche(exemple : biotechnologie animale, arido culture et lutte contre la désertification etc.). L’acquisition des connaissances techniques plus poussées se révèle indispensable pour tous ceux qui souhaitent obtenir un rendement élevé ou augmenter la valeur des produits agricoles, ne serait-ce que pour les filières phares comme l’huile d’olive et les dattes.
Les efforts de l’Etat dans l’équipement des superficies irriguées en matériel d’irrigation économe et conservation de terres agricoles ont permis d’enregistrer un essor notable de production agricole dans certaines régions. Les terres agricoles sont réparties dans le nord, au centre et à Sahel pour l’arboriculture (oliviers) et dans le sud pour les dattes et les palmiers. 62 % de la superficie totale du pays sont représentés par les terres agricoles dont la majorité sont des petites exploitations moins de 10 ha. L’oléiculture occupe la moitié des terrains agricoles, suivie de la culture de céréales qui s’étendent sur 36 % des surfaces agricoles.L’agriculture biologique affiche aussi un développement remarquable car les superficies cultivées étaient de 300 ha en 1997 pour passer à 220 000 ha en 2015. L’huile d’olive, les dattes, les agrumes et les produits de la mer constituent les principaux produits exportés avec une part de 51,9 % pour l’huile d’olive en 2015.
Concernant les ressources hydrauliques permettant de produire ces produits agricoles, elles atteignent environ 4,8 milliards m3 par an réparties en eaux de surfaces et en eaux souterraines. 80 % de ces ressources hydriques sont utilisées dans l’irrigation. Notons qu’en 2014, on recense 34 barrages, 1124 barrages et lacs collinaires, et 19 200 puits et puits de surface dans le pays. En 2016, les surfaces qui bénéficient d’équipements d’économie en eau d’irrigation représentent 89 % des surfaces irrigables.
Le secteur d’élevage et de pêche détiennent aussi une part importante dans la structure de la production avec la production de cheptel (ovins, bovins, caprins) et aviculture, poules pondeuses, poulet de chair, camelins, cuniculture, apiculture et lait. La quarantaine de ports de pêche au long des côtes tunisiennes procurent plus de 73 000 emplois.
L’agriculture pluviale domine dans le nord-ouest du pays mais ces régions restent fortement sous-développées. Les raisons de ce sous-développement sont d’origine climatique, historique, politique et démographique. En effet, ces régions bénéficient des zones humides, sub humides et des zones semi-arides. Les problèmes de salinité des milieux arides sont non résolus or, les ressources des parcours et des zones forestières sont déjà surexploitées. A cela s’ajoutent les aléas du climat comme la sécheresse, l’inondation et d’autres problèmes comme l’enclavement et l’inaccessibilité de ces zones rurales. Les politiciens n’ont pas aussi jugé pertinent d’investir dans les régions du nord-ouest. A titre d’exemple, la région de Jendouba cultive le tabac mais ces récoltes ne permettent pas d’améliorer les conditions de vie des habitants car ce produit agricole sera transformé ailleurs à Kairouan. La région produit aussi de céréales mais le prix de ces produits et leurs dérivés ne sont pas libéralisés, alors que le prix des autres produits comme l’huile d’olive, les dattes, les légumineuses ne sont pas soumis à la compensation.
Par ailleurs, outre les problèmes climatiques comme le déficit pluviométrique et la chute de neige, la question de financement constitue aussi un blocage à l’expansion de ce secteur. La solution sera l’amélioration de l’accès aux crédits agricoles avec un taux d’intérêt allégé. L’Etat a certes octroyé des prêts saisonniers et a augmenté le prix du lait mais ces mesures ne sont qu’une goutte dans la mer pour améliorer les revenus de la plupart des agriculteurs. Car le secteur agricole subit la hausse du coût de la production (alimentation de bétail pour les éleveurs) alors que les produits sont commercialisés avec des prix inférieurs aux coûts. La pénurie du lait dans les magasins prouve la difficulté des éleveurs laitiers. De plus, la vache Holstein importée en Tunisie ne s’adapte pas aux conditions climatiques du pays.
Le projet d’une mise en place d’une campagne pour la sensibilisation dans l’économie de l’eau et la réintroduction du système de quota ainsi que la mise en place d’une stratégie nationale de développement non discriminatoire peuvent apporter de résultats concrets dans l’amélioration des conditions de vie des agriculteurs tunisiens.
Le taux de croissance de l’agriculture pour l’année 2017 est de 2,5 %. Le ministre a envisagé une croissance à deux chiffres de 10,9 % en 2018 grâce aux recettes de l’exportation de dattes, huile d’olive et agrumes. Objectif atteint ou non, on remarque que la Tunisie est en train de faire de grands progrès dans l’agriculture biologique. Les recettes en exportations de l’année 2017 pour cette filière tendance avoisinent 430 millions de dinars. La valorisation de ce secteur est au cœur du projet d’écotourisme de la convention de coopération signé avec la Belgique. Par ailleurs, le gouvernement prévoit 25 projets de développement dans les gouvernorats de 5 zones pilotes dont Nabeul, Kasserine, Beja, Bizerte et Tozeur. Ces projets ont pour objectif la dynamisation de l’emploi agricole et agri-rural ainsi que la valorisation des produits locaux et biologiques.Cette mise en valeur de l’agriculture bio pourra éventuellement aussi propulser l’agritourisme. D’ailleurs, l’Etat prévoit des circuits touristiques à travers les 24 gouvernorats du pays d’ici l’année prochaine. Signalons que la Tunisie est le numéro 2 en Afrique dans la superficie dédiée à l’agriculture bio et que le gouvernement compte aménager jusqu’à 2 millions d’ha en agriculture bio. Alors que le volume d’exportation du pays est encore dans l’ordre de 1% du marché mondial du bio mais il s’agit d’une source potentielle à développer.
Voilà pour l’agriculture bio mais pour l’agriculture en général, ce secteur limité par le potentiel naturel nécessite une bonne structuration pour qu’il affiche une meilleure performance.