Grâce à son rang de deuxième producteur de composant de véhicules en Afrique, le secteur automobile est l’un des secteurs fournisseurs de revenus en devises pour la Tunisie. Toutefois, même si les opportunités abondent dans le pays, la filière affiche une baisse de performance en termes de vente pour l’année 2018. Elle nécessite également des améliorations tant au niveau des conditions d’exploitation que la main-d’œuvre qualifiée. Le point sur la situation du secteur automobile tunisien.
Le bilan de ce secteur est plutôt mitigé pourtant il a tous les atouts pour devenir un secteur en pleine expansion. Les raisons en sont nombreuses. Outre la proximité avec l’Europe (accessibilité en 2 h du vol), le pays bénéficie aussi d’une stabilité politique et d’un climat social serein qui attire les investisseurs. De plus, pour l’industrie et les quelques autres secteurs utiles au développement du pays, l’Etat contribue au régime social des salariés dans les entreprises. La compétitivité du coût de la main-d’œuvre,leur capacité de production ainsi que le bon niveau d’éducation constituent aussi un facteur important pour les investisseurs étrangers.
Pour promouvoir ce secteur et attirer plus de constructeurs automobile, des mesures d’incitations fiscales, l’aménagement d’un port en eaux profondes ainsi que le développement de 4 clusters clés peuvent être envisagés. Ces clusters peuvent être répartis en électronique- connectivité, technologie avancée des câbles, plastique renforcés de fibre de verre et véhicules utilitaires et spéciaux de grande série.
L’Allemagne tient la première place dans le nombre des entreprises étrangères automobiles basées en Tunisie. Elles emploient 29 948 personnes. La France arrive en deuxième position avec des entreprises françaises qui emploient 16 670 personnes environ suivie des entreprises japonaises, italiennes et américaines. L’Allemagne totalise 29 entreprises contre 25 pour la France et 5 chacune pour les 3 autres pays.
Au palmarès des véhicules les plus vendues pour l’année 2018, on retrouve la marque Isuzu qui enregistre une hausse de 4 % de vente et qui détient 14,2 % de la part de marché. Citroên et Renault les suivent en seconde et troisième position avec une part de marché respective de 8,9 % et 8 %. Ensuite, on retrouve la marque KIA qui accapare 8 % du marché suivi de la marque Peugeotqui détient 7,2 %. En dernière position, on retrouve la marque SEAT qui a obtenu une part de marché de 3,5%.
A noter qu’on recense 114 sociétés étrangères et 78 entreprises locales qui exercent dans ce secteur automobile dans le pays.Outre ces entreprises, on retrouve aussi des petits fabricants de véhicules utilitaires, de remorques et des voitures de petites séries. En dehors de la fabrication des équipements d’origine (FEO), la Tunisie possède aussi des potentialités notables dans le domaine de conduite autonome et de voitures électriques. De plus, il est déjà bien positionné sur le secteur de la fabrication de câble, de commutateur,des connecteurs, des pièces mécatroniques et des airbags. Ce qui constitue des nouveaux défis à relever pour le secteur.
Pour l’année dernière, le marché automobile des voitures neuves a affiché une baisse d’immatriculations 19,3 % comparé à l’année 2017. Un marché dans lequel Ennakl Automobiles s’arroge 12,3 % du montant total. Ce qui lui permet d’être la tête de liste parmi les marques importatrices sur cette filière. Le marché des véhicules particuliers a affiché aussi un recul de voitures immatriculées de 23 % comparé à l’année 2017. Seuls Volkswagen et Seat parviennent à améliorer leur position pour l’année dernière. Le marché des voitures de luxe connaît aussi la même régression. Audi est en haut de podium dans ce marché avec une part de 42 % contre 2 % pour Porsche qui arrive à maintenir son ancienne position. Le marché des voitures utilitaires subit aussi le même sort de régression avec une baisse de 9,8 % comparé à l’année 2017. Volkswagen arrive encore à maintenir sa position dans ce créneau. Enfin, le marché parallèle enregistre aussi une rétrogradation de vente car il enregistrait 27,7 % en 2017 contre 25 % en 2018.
Ce recul de vente a un effet non négligeable sur l’économie nationale. La Chambre nationale de concessionnaires automobiles a indiqué que le pays est actuellement la dernière en classement de vente parmi les pays arabes. Certains pensent que ce ralenti est dû à la réduction de 20 % des voitures importées par les concessionnaires. Cette mesure est prise afin d’adoucir le déficit de la balance commerciale. Les taxes imposées, la dégradation du dinar, l’augmentation du taux d’intérêt directeur sont également avancés comme motifs de cette tendance à la baisse.
Le président de « Tunisian automative association » a indiqué en 2017 que ce secteur de fabrication de composants automobiles réalise 4 % du PIB national. Cette association a pour objectif la prospection de nouveaux marchés et la promotion du secteur de l’industrie automobile. Elle vise aussi à sensibiliser l’ensemble des corps de métier dans ce secteur dans les possibilités de changement technologique futur tout en cherchant à développer l’activité d’exportation de ce marché. Ces chiffres sont améliorés car l’année dernière, ce secteur participe à 6,4 % du PIB. Pour rappel, on recense 267 entreprises spécialisées dans la production des composants automobiles dans le pays. 180 d’entre eux, soit 80 % sont exportatrices. Ces structures emploient plus de 80 000 personnes. Ces chiffres mettent la Tunisie en deuxième place sur le continent africain, après l’Afrique du sud. En effet, la Tunisie est classée parmi les plus grands fournisseurs de câbles, et de faisceaux en Europe. Elle doit cette notoriété à son expérience dans cette industrie depuis plus de 55 ans. Ce secteur ne souffre pas de chômage et de saisonnalité comme les autres. De plus, plus d’une soixantaine d’entreprises ont obtenu une certification IATF.
Par ailleurs, le membre du bureau exécutif de la chambre syndicale des concessionnaires automobiles Mehdi Madjoub a annoncé une révision à la hausse de quota de voitures populaires. L’objectif est de permettre à toute personne ayant un revenu annuel ne dépassant pas 10 fois le smig d’acquérir une voiture populaire. Cela permet de faire face à l’inflation galopante qui fait pâtir la vente dans le secteur de voitures populaires.
Les analystes sont plutôt confiants à l’avenir du secteur automobile en Tunisie malgré les quelques défaillances de cette filière. De plus, le gouvernement s’oriente dans la diversification de partenaires commerciaux et économiques pour être plus compétitif dans ce secteur à l’échelle mondiale. Ainsi, Nissan va rejoindre aussi le rang des fabricants de pièces automobiles en Tunisie à partir du mois de mars de cette année avec son projet de fabrication de pick-up avec un coût d’investissement de 33 millions de dollars. Ce qui permettra de créer 500 emplois de plus. De plus, avec la mutation technologique de voiture autonome, le pays pourra également attirer plus des constructeurs et créer plus d’emplois. En somme, tout dépend de la possibilité de l’Etat à mettre en place un vrai plan d’action pour la promotion de ce secteur. Si les constructeurs trouvent un terrain favorable à leur exploitation, ils s’implanteront. Ce qui aura pour effet de réduire d’une façon plus ou moins significative le nombre de chômeurs dans certains gouvernorats du pays.