La montée en flèche des affaires criminelles en Tunisie ces deux dernières années est un fait inquiétant qui fait la une des journaux locaux. Les récentes statistiques fournies par les autorités de sécurité contre le crime révèlenten effet que la hausse de la criminalité en 2018 atteint 13 % par rapport à l’année précédente. De nombreux facteurs sont incriminés dans la survenance de ce phénomène. Outre le chômage ; la migration irrégulière, la contrebande de la drogue et des armes, la pauvreté, la baisse du pouvoir d’achat, l’arrêt de scolarisation pour les jeunes enfants dans certaines régions sont également cités. Tour d’horizon sur ce fléauet les mesures prises par l’Etat pour lutter contre ce phénomène.
Le classement réalisé par le site américain Numbeo en 2017 a classé Tunis à la 17e place des villes où la sécurité est dangereuse en Afrique. L’indice de la criminalité était alors peu élevé à 36,15 sur 100 contre 81,97 pour Pietermaritzburg en Afrique du sud et 78 point environ pour Johannesburg et Pretoria. Ces trois villes sont à la tête de la liste des villes les moins sûres en Afrique. Dans ce classement, l’indice de sécurité à Tunis est estimé à 63,89 contre 18,03 à Pietermaritzburg.Pour info, l’indice de criminalité inférieure à 20 est considéré comme le pays le plus sécurisé, entre 20 à 40 comme pays assez sûr, entre 60 à 80 comme une ville à risque élevé et au-delà de 80, c’est une ville dangereuse en termes de sécurité. A noter que la Tunisie devance Maroc et l’Algérie dans ce classement.
Mais la belle réputation d’un pays « sûr » commence à s’effriter si on regarde les statistiques de sécurité à propos des affaires criminelles et délits dans le pays pour l’année dernière.Le taux de criminalité affiche une augmentation de 13 % l’année dernière. Les homicides sont passés de 331 à 401 tandis que les cas d’agressions et viols affichent aussi un taux de croissance de 9 %. Idem pour les vols et les affaires de terrorisme qui ont augmenté aussi.
En matière de criminalité, les villes les plus touchées sont le Grand Tunis, Sousse, Nabeul, Sfax et Tatouine. Les affaires de cambriolage, de meurtre, de détournement de mineure, de braquage armé, de consommation de drogue alimentent souvent les journaux. Tel est par exemple le cas de deux jeunes hommesmort âgés de 21 ans et de 31 ans à El Fahs qui ont été victimes de l’agression de leurs compagnons par l’arme blanche après une soirée arrosée. Jusqu’au mois d’octobre 2018, le nombre des affaires criminelles atteint 185 617 cas et presque la moitié des personnes détenues dans ces crimes sont des jeunes. Et 58 % de ces personnes sous détention sont âgés de 15 à 19 ans et 8099d’entre eux ont déjà récidivé.
Outre les affaires liées au meurtre et braquages ou vols, les affaires d’émigration clandestine, de trafic de drogue, de terrorisme, et de cybercriminalité prennent aussi du terrain.Le ministre de l’intérieur Hichem Fourati a fait remarquer aussi une hausse spectaculaire de crimes causés par la consommation de drogue dans les écolespendant l’année scolaire 2017-2018. Et 10 000 personnes environ sont compromises dans des affaires de drogue pour l’année dernière.
Le ministre de la justice a aussi fait savoir la disponibilité des armes interdites dans le pays dans les mains des délinquants. On retrouve ainsi des cas de hold-up de banques, de nombreux vols avec recours aux armes à feu, de vol de bétail, de cambriolage de maison, de vol à l’arrachée… Les unités de sécurité ne se tiennent pas les bras croisés devant ce fléau. Elles ont élucidé 81 % des affaires concernant l’agression, le meurtre, le vol, les délits de violence, le trafic de cannabis etc.
Cette montée de la criminalité s’explique par plusieurs facteurs. Il y a d’abord la présence des armes prohibées dans le pays, la contrebande et le terrorisme. Mais l’instabilité politique et économique du pays, le taux alarmant de chômage dans certains gouvernorats, la baisse du pouvoir d’achat des foyers, le manque d’encadrement pour les enfants forcés d’abandonner l’école… figurent aussi parmi les facteurs favorisant ce fléau. En guise de rappel, on enregistre 15 % de chômeurs parmi la population active pour l’année 2018. 40 %d’entre eux sont des diplômés universitaires.
Les dépenses de l’Etat tournent notamment autour du budget pour le fonctionnement de la machine administrative avec les hausses de salaires de fonctionnaires, et les recrutements massifs dans la fonction publique pendant les années après la révolution. Le secteur public est arrivé maintenant à sa limite et il ne peut plus recruter de nouveaux fonctionnaires. Ainsi, par défaut d’investissement dans la création des emplois pour résorber ce chômage, et par manque d’apport financier pour le tissu industriel qui peut créer des emplois, la sécurité sociale se dégénère.Les jeunes sans espoir et marginaliséssont amenés à faire valoir leur droit à travers les affaires criminelles et les violences. L’économie de rente encouragée par le gouvernement ne fait profiter qu’aux quelques personnes privilégiées.
Comme les autres pays arabes, la Tunisie a une économie impotente, qui ne peut pas se servir de ses ressources importantes comme l’agriculture, le tourisme, le tissu industriel, et le capital humain pour devenir productive. L’effet désastreux de cette impotence entraîne le chômage et le sous-emploi et elle se répercute sur la sécurité sociale dans le pays.
Pour lutter contre ce grand défi auquel le pays est confronté, le ministre de l’intérieur a pris quelques mesures. En premier lieu, il a déployé des patrouilles mobiles autour des lycées pour faire régner la sécurité dans de ces institutions. Ces patrouilles informent sur la sécurité dans ces établissements scolaires. Selon le ministre, le gouvernement n’est pas en mesure de sécuriser toutes les écoles et lycées de toutes les villes, mais seules les grandes agglomérations sont concernées. Il a aussi ajouté qu’il a fait le recrutement et la formation de 7 700 agents pour le renforcement de la sécurité et pour la lutte contre la criminalité. Ce réseau de force de l’ordre vise également à resserrer l’étau sur les terroristes. Le ministre a également mis en place à Kasserine, où l’on a enregistré un hold up d’une banque une unité de force mixte Police-Garde nationale pour lutter contre le terrorisme.Ce plan de sécurité concernera aussi les autres gouvernorats frontaliers à l’instar de Kef et Jendouba.
Lors de la conférence sur la protection des jeunes contre la délinquance et la criminalité, le premier conseiller à la sécurité nationale auprès du président de la République a indiqué aussi l’importance de la protection du jeune dans l’espace cybernétique. Selon les données révélées lors de cette conférence5 % des étudiants âgés entre 20 à 24 ans sont dépendants de drogue et 4 % des élèves en consomment.Les approches de la prévention de la criminalité mises en lumière lors de cette conférence s’articulent autour de la mise en place des mesures sociales, économiques, éducatives et sanitaires, la collaboration active entre les habitants de la zone ciblée, l’aménagement de territoire afin de limiter la possibilité de violences ou de crime, et la réinsertion sociale des délinquants pour éviter les récidives.