Le gouvernement Tunisien s’efforce chaque jour de relever le défi sur le chômage et la synchronisation de l’offre de l’emploi et les demandes. Depuis la révolution 2011, le pays n’a cessé d’œuvrer pour une croissance sur le plan économique et politique mais ces efforts n’impactent pas favorablement sur la situation économique. Les inégalités sociales dans les régions augmentent en parallèle avec la baisse du pouvoir d’achat et la hausse du taux des immigrants et de l’économie informelle. Les jeunes et les diplômés de l’enseignement supérieur sont les plus touchés par le chômage à tel point qu’on se demande s’il y a vraiment de recrutement en Tunisie. Décryptage de cette situation de précarisation de l’emploi.
La politique de l’économie et du budget impacte sur l’emploi à travers le recrutement dans la fonction publique, la redistribution équitable des revenus et la fiscalité. Or, pendant ces dernières années, il faut dire que l’attention du dirigeant du pays était principalement accaparée par les affaires internationales et la défense. Le pays n’avait donc pas progressé sur la question de croissance économique par exemple, en termes de création massive d’emploi dans le cadre de résorption de chômage.
Certes, il n’est pas caché à personne que le pays traverse une passe difficile avec un taux d’endettement de la dette publique à 77 % du PIB à la fin de 2018. Mais cette situation de précarité est généralisée car les entreprises risquent aussi d’en être victimes. En effet, l’édition 2019 du baromètre de la Tunisie affiche que 58 % des répondants anticipent une éventuelle menace de leurs activités d’ici deux ans, alors que seuls 25 % des répondants craignaient une telle éventualité il y a 3 ans.
Ces anticipations peu prometteuses de la conjoncture économique impactent sur les initiatives d’investissement des entrepreneurs. Ainsi, 29 % des répondants n’envisagent aucun investissement pour cette année 2019. Les causes des préoccupations des chefs d’entreprises sont notamment la dégradation du dinar, la situation économique de la Tunisie qui continue à se dégrader, ainsi que la pression des organisations syndicales et la lenteur de services dans les administrations tunisiennes.
Heureusement que tous les chefs d’entreprises ne sont pas aussi pessimistes car 59 % des cadres et dirigeants des sociétés TIC et 48 % des dirigeants dans l’industrie automobile déclarent une prévision positive de leur chiffre d’affaires pour cette année 2019.
En guise d’info, la croissance du pays devrait augmenter à 3 % en moyenne entre 2019 à 2020 pour arriver à 4 % au moyen terme. Ce qui permettrait d’apporter des améliorations au niveau des conditions d’investissement. Le maintien de la croissance est possible grâce à l’agriculture, le secteur de manufacture et du tourisme. Toutefois cela est handicapé par l’essoufflement des exportations et la réduction de la productivité et de la main d’œuvre.
Or, ce paysage économique et financier mitigé impacte sur le chômage qui résulte aussi de nombreux facteurs comme l’inadaptation du système d’éducation tunisienne au marché de l’emploi, la dépréciation du dinar etc.
Le taux de chômage élevé d’un pays s’explique par le déséquilibre entre les offres d’emploi des entreprises et de l’Etat et les demandes d’emploi de la population désœuvrée. Même si l’Etat ne peut pas être tenu responsable à100 % de cette situation, il joue un rôle non négligeable dans le laisser aller de l’économie informelle, l’octroi des subventions plutôt que l’incitation à l’investissement… Or, ces prises de position ont un effet négatif sur l’accroissement du chômage. Pour mesurer l’aggravation de la situation des chômeurs en Tunisie, il faut se référer au nombre des offres d’emploi et de stages enregistrés à l’ANETI et des données chiffrées de l’INS. Selon le résumé de ces chiffres, le taux de chômage atteint 15,3 % pour le premier trimestre 2019. Le nombre des personnes actives pour ladite période atteint 3 millions 520 milles contre 3 millions 507 milles pour l’année 2018 à la même période selon l’enquête de l’INS. Chez les jeunes de 15 à 25 ans, le taux de chômage atteint 34,3 % avec un nombre plus élevé de chômeurs chez les jeunes femmes.
Pour les désœuvrés diplômés, ils optent volontiers pour l’immigration s’ils n’ont aucune chance d’être recrutés dans la fonction publique. Le taux de chômage élevé chez les diplômés universitaires dans ce pays s’explique notamment parla non-conformité entre l’éducation reçue et l’offre d’emploi. L’éducation reçue par ces diplômés est orientée vers la fonction publique. Ils sont aussi attirés par le secteur public du fait du salaire élevé, de la stabilité de l’emploi et de la meilleure protection sociale. Ainsi, malgré la hausse de la scolarisation, l’inadéquation des systèmes éducatifs contribue largement à l’augmentation de chômage chez les diplômés.
D’autre part, le fait que l’Etat a fait des recrutements successifs dans le passé a fini aussi par ruiner ses finances publiques et n’a fait qu’empirer la situation de chômage. Les séquelles de la crise de 2011 ne sont pas aussi effacé esor le chômage a été l’un des facteurs déclenchant cette révolution. Au point où nous en sommes, le nombre de chômeurs diplômés Tunisiens environne 260 mille personnes contre 645 mille chômeurs, un nombre de chômeurs supérieur à celui du Maroc, de la Jordanie et de l’Egypte.
Pour y remédier, le dirigeant devrait prendre des mesures permettant de favoriser le développement, l’indépendance économique, l’investissement industriel et manufacturier, la répartition équitable des revenus et la bonne gouvernance politique, économique et sociale. L’Etat devrait également résoudre le problème de déséquilibres régionaux et sociaux et le problème d’inadéquation des systèmes éducatifs avec le marché du travail.
En analysant la situation de l’emploi et du chômage dans le pays, on pourrait se poser cette question. En fait, après l’importante perte d’emploi suite à la révolution,l’année 2012 a enregistré une création de 91 000 emplois environ. Cependant, cette capacité de création d’emploi n’est pas remarquable car pendant les 6 années après l’année 2012, les entreprises et l’Etat n’ont recruté que 61 000 emplois par an alors que chaque année, on enregistre près de 81 000 demandes d’emploi. Et ce sont les hommes qui accaparent le plus de ces postes vacants.
De plus, les offres d’emploi en faveur des diplômés universitaires et sortant des grandes écoles tendent vers la baisse et s’essoufflent. Les offres et création d’emplois correspondent cependant plus aux besoins des demandeurs ayant un niveau d’éducation secondaire que ceux ayant un niveau universitaire. Ces derniers peuvent trouver plus facilement un poste dans le secteur manufacturier, l’industrie… Le taux de chômage chez les femmes est même plus bas dans les régions où sont implantées les industries textiles exportatrices comme le gouvernorat de Monastir, de Sousse, de Nabeul ou de Tunis.
Par ailleurs, le recrutement pour les jeunes âgés de moins de 30 ans à Tunis, dans le nord-ouest et ouest reste très bas.
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