Les femmes sont quelquefois victimes de violence physique ou psychologique que leur inflige leur entourage, leurs partenaires sentimentaux ou leurs maris. Selon une étude effectuée par un établissement public, près d’une tunisienne sur deux a déjà subi de formes de violences et de discriminations. Certaines de ces victimes sont même décédées à la suite des agressions.Le point sur ce phénomène et leurs causes.
Les agressions envers les femmes sont quelquefois justifiés comme justifiables ou minimisées dans certaines sociétés. Ainsi, l’article 227 du code pénal ne châtie pas l’acte sexuel sans violence avec une mineure de moins de 15 ans si le délinquant épouse la victime. Heureusement que la législation adoptée par le Parlement supprime cette disposition et l’amende avec des mesures de punition pour le violeur dans l’article 227 bis. Cette loi vise à soutenir les pénalités à l’encontre des harceleurs sexuels sur les lieux publics, des personnes qui emploient des enfants mineurs à domicile, et des employeurs qui imposent de discrimination au niveau du salaire pour les femmes. La directrice de l’ONG Humanrights Watch se réjouit de cette loi et appelle également les autorités compétentes à abolir d’autres discriminations comme le fait d’établir un héritage différent pour les filles et les garçons tunisiens.
Notons que pour les 6 premiers mois de l’année 2018, on a enregistré 312 cas de violenceenvers les femmes. 80 % des victimes sont agressées par leur mari suite à un conflit conjugal et 2 ont même trouvé la mort. La violence physique est d’ailleurs la première cause de décès des femmes âgées entre 16 à 44 ans et elle touche toutes les couches sociales. Le problème c’est que 57 % des victimes acceptent ces violences conjugales.Ce phénomène ne se limite pas uniquement au foyer. Les femmes subissent aussi le harcèlement et les agressions sexuelles sur le lieu de travail, en Tunisie comme dans les autres pays. Et ce même si la Tunisie a déjà cette loi sur la lutte contre la violence envers les femmes. Outre les harcèlements sexuels, elles sont aussi sujettes aux insultes, propos discriminatoires etc. Ainsi, selon une étude effectuée par l’UGT en 2017, 81 % des femmes sondées ont déjà souffert de violence psychologique sur le lieu de travail. Or, la plupart d’entre elles ne disposent pas de moyen pour dénoncer cette pratique, d’autant plus qu’elles craignent de perdre leur emploi. Ces manifestations de violence impactent sur la qualité de travail et la dérèglementation de l’administration publique si les victimes sont des fonctionnaires. Elles engendrent aussi un sentiment d’anxiété, de dépression, de panique tout en obligeant la victime à quitter son travail. Ces crises peuvent être dues entre autres à la crise ou le mal-être économique, aux privatisations, et à d’autres facteurs personnels.
Pour les femmes victimes de ces agressions, ce sont notamment le manque des moyens financiers et les défaillances de l’accès à la justice qui les empêchent de porter plainte. De plus, les personnes qui connaissent les enjeux de cette loi luttant contre les violences envers les femmes ne sont pas non plus nombreuses. Notons qu’après le vote du Parlement tunisien de cette loi en 2017, on a vu l’apparition des unités spécialisées de traitement de violence dans les commissariats de police et dans les hôpitaux publics. La loi prévoit aussi l’instauration d’infrastructures permettant de protéger les victimes (sept centres d’accueil et de refuge).En moyenne, on enregistre ainsi 3 000 plaintes par mois aux commissariats de police et 10 appels par jour au numéro vert du ministère de la femme. Les statistiques indiquent que les enfants sont aussi victimes de violence.
Les agressions envers les enfants sont également justifiées comme inévitable pour leur éducation. Or, l’exposition aux méthodes disciplinaires familiales violentes, les viols sexuels des enfants et des adolescents impactent sur leur avenir. En Tunisie, l’UNICEF a déclaré que 93 % des enfants âgés de 2 à 14 ans sont victimes de violences psychologiques ou physiques. Pendant l’année 2016, on a ainsi enregistré 4 590 cas de violence. 37 % de ces cas sont dus à l’ignorance des parents. L’étude a aussi révélée que plus de la moitié des dossiers reçus sont issus des couples mariés,33 % environ des familles monoparentales. 42,5 % sont des enfants de famille modeste contre 5,9 % pour les enfants de famille aisée.
Cette lutte contre la violence envers les enfants n’implique pas uniquement les parents bien que ces derniers doivent comprendre leur rôle dans l’éducation des jeunes et leur préparation en vue de la vie conjugale. La société et le milieu scolaire sont également engagés dans cette cause selon la représentante de l’Unicef en Tunisie. Justement, dans cette optique est né le programme nommé « Inspire » qui vise à financer les états membres de l’ONU, dont la Tunisie dans la lutte contre ce fléau. L’objectif est d’arrêter toute forme de maltraitance, de traite, d’exploitation et de violence envers les enfants. Mais la difficulté réside dans la mise en vigueur des lois protégeant les enfants contre les formes de violences. Les textes législatifs sont bien là, mais ils ne sont pas encore appliqués. Pour y remédier, il faut ainsi mobiliser toute la société qui collaborera avec les ministères concernés pour mettre en place une discipline adéquate. Ce programme a également pour objectif de renforcer les normes de l’éducation non violente pour les enfants. Cela nécessite par exemple l’investissement dans des programmes d’éducation aux parents dès l’âge prénatal afin qu’ils apprennentà mieux gérer leur stress et de choisir le dialogue pour instrument d’éducation.
Par ailleurs, dans le milieu scolaire, l’UNICEF est aussi en train aussi d’élaborer une formation du personnel éducatif dans le cadre de ce programme afin que les enseignants puissent éviter le recours à la répression pour gérer une classe. Un club de citoyenneté sera également mis en place dans les établissements scolaires afin d’aider les enfants à se défendre. Une amélioration de l’accès aux services de santé et de protection sociale figure également dans le sommaire de ce programme.
Selon le chercheur en civilisation islamique SamiBraham, la faiblesse de l’Etat avec l’écroulement de l’ancien système et la reconstruction des institutions font partiedes facteurs favorisant la violence dans notre société. L’enseignant de l’éducation islamique Imam Mohamed Salah Souissia quant à lui, souligné l’importance de la mise en pratique des préceptes de l’Islam sur la tolérance et le dialogue. Par ailleurs, le séminaire organisé par l’ONU Femmes et OXFAM de l’année dernière a émis des recommandations sur la mise en œuvre d’un plan national action sur les femmes, la sensibilisation des jeunes et parents aux risques d’internet et de réseaux sociaux ainsi que la création d’un centre indépendant de réflexion sur le sujet de relations entre hommes et femmes dans le but d’améliorer une image positive de la femme tunisienne.
Enfin, concernant la violence subie par les chauffeurs de taxis et de louage, le directeur technique et commercial de la société de sécurité et de services a proposé une solution intelligente permettant de limiter les attaques violentes et armées perpétrées à l’encontre de ces professionnels. Il s’agit d’un système de contrôle à distance qui les avertit pour les protéger.