Au lendemain de son indépendance en 1956, le système éducatif de la Tunisie affiche une nette progressioncomparée aux autres pays arabes. En effet, en tant que premier pays dans la région maghrébine à avoir adopté la langue arabe dans l’enseignement en 1970, le système éducatif tunisien enregistre une hausse de taux de scolarisation et une augmentation de nombre d’écoles primaires, d’établissements secondaires et d’établissements secondaires depuis ces dernières décennies. Zoom sur le système éducatif tunisien et la pénibilité des métiers d’enseignant.
En Tunisie, l’éducation de base est obligatoire pour tous les enfants âgés entre 6 à 16 ans. Ainsi, depuis l’indépendance, le taux des élèves qui fréquentent l’école atteint 67 % en 2 000 contre 54 % en 1996. Le nombre d’écoles primaires, des établissements de second cycle et des universités a aussi décuplé entre temps. Cela impacte sur la baisse du taux d’analphabétisme, même s’il reste encore assez élevé en milieu rural. Le pays consacre d’ailleurs un budget annuel de 7 %environ de son PIB à l’éducation. Pour rappel, la promulgation de la loi sur la rénovation du système éducatif tunisien en 1991 instaure le premier cycle de 6 ans, le second cycle de 3 ans et l’éducation secondaire de 4 ans, l’intégration du bac technique et l’apprentissage du français et de l’anglais en tant que disciplines.
Les programmes d’enseignement Tunisien sont calqués sur le modèle français. Le français est utilisé dans l’enseignement des matières scientifiques et techniques.Ce qui constitue un blocage pour les élèves qui ne peuvent pas maîtriser cette langue du fait de l’utilisation de la langue arabe dans l’enseignement et du changement d’orientation vers la langue française à partir de la 3ème année du 1er cycle de l’école de base.Tiraillés pendant tout leur cursus scolaire entre ces deux langues, les élèves ont du mal à maîtriser l’une ou l’autre de ces deux langues très différentes l’un de l’autre. D’autant plus que le nombre d’heures à apprendre le français diminue dès le secondaire au profit des matières scientifiques. Une politique défaillante du système de l’éducation qui pourrait aussi avoir un mot à dire sur l’inemployabilité des diplômés actuel. Il en est de même pour l’instauration du système « LMD »qui est pensé pouvoir s’adapter au système éducatif tunisien, mais qui a été pointé du doigt comme un facteur causant la croissance de taux de chômage chez les jeunes diplômés 2 décennies plus tard.
Outre ce problème du tâtonnement de la politique de l’enseignement, le pays doit également relever d’autres défis comme la lutte contre l’abandon scolaire et l’analphabétisme dans le milieu rural, la généralisation de l’accès à l’éducationpréscolaire, le renforcement de la motivation et de la capacité des enseignants. A cela s’ajoutent l’adaptation des formations universitaires aux besoins des entreprises afin de réduire le chômage, le développement de filière TIC et l’amélioration des niveaux de qualifications des jeunes sortants des grandes écoles. La Tunisie compte d’ailleurs sur les organisations comme la Banque mondiale, Microsoft et Apple dans l’intégration des infrastructuresTIC dans le système de l’éducation. A titre d’exemple, parmi les projets soutenus par ces partenaires en éducation, on peut citer les bus connectés à internet par satellite dans les campagnes, la formation à distance en ligne à travers l’EVS etc.
Les maux du système éducatif tunisien rendent encore plus pénibles les tâches des enseignants. En effet, il y a d’un côté l’attitude des élèves qui ne se soumettent pas souvent à la discipline due à la conjoncture économique et politique du pays, et d’un autre, la dégradation des conditions de travail. Le métier d’enseignant est en effet pénible car ce professionnel aurait à mobiliser ses forces mentales, à imposer de discipline en classe afin qu’on reconnaît son autorité, et à transmettre son savoir aux élèves. Ce rythme pourrait l’épuiser et nuire à sa santé surtout s’il a un effectif important dans sa classe qui implique un nombre plus important d’élèves à affronter et decopies à corriger.Par ailleurs, l’enseignant doit aussi s’adapter aux nouveaux contenus des enseignements. Ce qui pourrait également générer du stress. C’est la raison pour laquelle ces professionnels devront prendre leur retraite plutôt que le prévoit la loi afin de rester en bonne santé.
Concernant justement la pénibilité des conditions de travail de l’enseignant, même si en Tunisie, on n’a pas encore lu dans la une des journaux un prof aspergé d’essence ou frappé par un élève, bon nombre d’enseignants tunisiens souffrent d’une sensation d’épuisement total à la fin de leur carrière professionnelle.C’est à cause de l’indiscipline qui sévit dans les établissements scolaires, la fatigue et les comportements méprisants des élèves vis-à-vis des corps enseignants.A la charge psycho-sociale s’ajoute l’insuffisance de rémunération alors qu’on demande de plus en plus de qualification aux enseignants. L’insatisfaction et le stress sont même beaucoup plus élevés dans les établissements scolaires défavorisés et les classes difficiles à discipliner. Dans les réfectoires en maternelle par exemple, les maîtresses d’écoles doivent élever leur voix jusqu’à 90 décibels pour se faire entendre,et dans les établissements du premier cycle et secondaire, les enseignants doivent faire face au manque de reconnaissance, au problème d’intéressement des élèves et aux conflits avec les collègues. Les enseignants sont obligés de déployer beaucoup plus d’énergie pour intéresser les élèves dans les classes secondaires, alors que ces derniers sont peu motivés à la culture scolaire. C’est pourquoi, même les meilleurs enseignants les plus engagés dans son métier expriment parfois un découragement face à la pression permanente de leur métier. Or, ils doivent toujours puiser dans leur intérieur de l’énergie et de l’inventivité pour bien mener leur travail et chercher des solutions à l’absentéisme, au désintéressement des élèves…
Face au contexte actuel et aux réformes du système éducatif qui n’ont pas porté leurs fruit, le métier noble d’enseignant perd tout son prestige. Ce professionnel est uniquement considéré comme un agent qui peut aider dans l’obtention d’un diplôme, mais qui ne bénéficie presque plus du respect. L’enseignement a effectivement pris un coup dur car autrefois un diplômé peut s’enrichir et gravir les échelons sociaux, alors qu’aujourd’hui, d’autres personnes n’ayant reçu que peu d’éducation peuvent gagner bien leur vie en exploitant le commerce parallèle par exemple.
Les niveaux des enseignants du primaire et du secondaire dans les écoles publiques affichent aussi une sérieuse dégradation. C’est dû au fait que la préparation au métier d’enseignant au secondaire n’existe plus. Les professionnels apprennent le métier avec une formation dispersée dans les temps pendant les vacances au lieu d’un encadrement continu pour un meilleur bagage didactique. Et cela a aussi un effet sur le niveau des diplômés.
Côté rémunération, les enseignants du secteur public sont mieux lotis avec leur situation stable qui leur permet d’assurer une pension de retraite. Ce qui n’est pas le cas pour les enseignants du secteur privé qui ne perçoivent pas de salaire pour chaque absence et qui doivent aussi faire des cours particuliers (maths, PC, sciences sociales) pour ne pas avoir des fins de mois difficiles. Par contre, les écoles privées attirent beaucoup plus les Tunisiens, s’ils peuvent se permettre d’envoyer leurs enfants dans ces institutions.Les infrastructures délabrées de certaines écoles publiques découragent aussi les parents à envoyer leurs enfants dans ces institutions.
Pour conclure, le gouvernement doit faire sa priorité la solution permettant de résoudre cette faille du système d’éducation afin d’éradiquer le taux de chômage tout en améliorant l’image de l’enseignant.