Même si l’activité de lobbying ne bénéficie pas encore de reconnaissance institutionnelle ni d’encadrement règlementaire, les lobbyistes déploient leur influence dans de nombreux domaines comme l’économie, la politique, la communication, la législation etc. Cette activité a ainsi dépassé son stade artisanal et elle est devenue une vraie profession en Amérique, en Angleterre et dans les autres pays Européens.Tour d’horizon sur l’histoire du lobbying, la définition de cette expression anglo-saxonne et la stratégie de lobbying en Tunisie.
On parle beaucoup de groupe d’influence ou de groupe de pression ces derniers temps surtout dans les pays démocratiques. Le mot d’origine outre atlantique « lobbying» désigne l’activité de ces groupes d’intérêt. L’utilisation la plus connue de ce terme remonte en Angleterre vers 1830 où les membres de groupe d’intérêts venaient pour discuter avec les parlementaires dans « the lobby of the house » ou « les couloirs de la chambre des communes ». Mais l’apparition de ce terme anglicisme date déjà vers 1790 lorsque la république américaine a prescrit un amendement à sa constitution qui permet à ses citoyens de faire un rassemblement en vue de manifester leur point de vue aux dirigeants. Cette pratique est bien accueillie car aux Etats-Unis d’Amérique vers 1870 à l’époque où le Général Grant succède à Johnson, la Maison blanche était incendié et le Général Grant s’installait dans un grand hôtel. Le lobby ou le rez-de-chaussée de l’hôtel est devenu le lieu de fréquentation des groupes de pression spécifiques qui essaient de le rencontrer dans cette pièce afin d’avancer leur dossier.Ce n’est pas étonnant si aux Etats-Unis, le nombre de lobbyistes explose au fil des siècles. De moins de 180 en 1971 pour devenir 2 500 au début des années 80 et 14 000 en 2009 jusqu’à plus de 35 000 actuellement. Ces lobbyistes ont transformé par exemple la loi sur la santé du président Obama à la suite des concessions accordées à eux.En Amérique, ces groupes de pression jouaient le rôle de médiateurs auprès du pouvoir depuis le 19e siècle.Contrairement en France où la reconnaissance des institutionnels de ces intermédiaires privés dans le rôle de participation aux décisions publiques qui peuvent servir leur intérêt n’a commencé que vers 1913. A cette époque l’entreprise Michelin a changé la donne avec la numérotation des routes suite à sa pétition qui a recueilli plus de 200 000 signatures. Mais c’est la construction de la Commission Européenne dans les années 60 qui va donner plus du poids aux avis des sociétés civiles et aux groupements privés dans la définition de la politique dont elle va adopter. En France, la mise en place de la Politique Agricole commune (PAC)qui permet réellement de débuter l’activité du lobbying. La décennie entre 1983 à 1993 où Jacques Delors était à la tête de la Commission Européenne a permis aussi une poussée non négligeable de l’activité de lobbying avec les diplomates d’entreprises qui conseillent sur les argumentations utiles aux négociations.Et à l’heure actuelle de mondialisation, de l’internet et la croissance des ONG ainsi que l’obligation de faire valoir son point de vue afin de se faire accepter un projet, l’activité de lobbying est devenue plus technique. Elle nécessitele recours à des méthodes comme la veille systématique, l’identification des cibles, l’espionnage, les cadeaux luxueux,l’invitation à des dîners privé des acteurs clés, le déroulement des arguments persuasifs, le club d’influence ou think tanks, l’infiltration de groupe de pression opposé. La liste est loin d’être exhaustive.
Pour en revenir à la définition de cette activité, elle se définit comme les actions menées par les groupes de pression qui cherchent à défendre les intérêts privés dans le but de transformer, d’influencer l’élaboration ou l’application des lois, des règlements etc. des pouvoirs publics. Un lobby est un groupe de pression qui effectue cette pression sur les institutions publiques détenant le pouvoir. On retrouve deux types de lobbies, d’un côté, il y a les groupes industriels et financiers, les sociétés multinationales, les fédérations, les syndicats etc. et de l’autre côté, il y a les organisations non gouvernementales (ONG). La deuxième catégorie de lobbies est plus reconnue que la première en France. A noter que les collectivités locales peuvent également se constituer en groupe d’influence pour faire valoir leurs intérêts auprès des autorités politiques. L’objectif de ces groupes de pression est rallier les personnels politiques à la cause de leur client. Les lobbyistes peuvent exercer son métier sous de statuts différents (cadres, salariés, consultants etc). Ils doivent afficher une agilité intellectuelle pour pouvoir plaidoyer sur différents domaines. En effet, ils touchent à la politique, au monde financier, à l’environnement, au prélèvement des impôts etc.Dans ces conditions, les dérives ne sont pas à exclure comme la propagation de fausses informations, la corruption des agents pour ne citer qu’eux. Un exemple de l’influence nocive des lobbyistes est par exemple les crises sanitaires des années 80 et 90 où l’on avait des problèmes d’amiante, de farine animale, d’éther de glycol etc. Les lobbyistes ont leur rôle à jouer dans la pression des industriels sur la minimalisation des risques de ces produits sur la santé des consommateurs. D’où l’importance pour les pouvoirs publics de bien étudier sous tous les angles les argumentations fournies par les lobbyistes. Cela permet aussi d’améliorer l’image de lobbying qui est considéré comme une forme de contournement de la démocratie traditionnelle surtout s’il s’agit d’un cabinet de lobby peu scruplueux.
Notons également qu’il y a des lobbyistes professionnels qui se font passer pour des avocats dans des cabinets de conseil. D’autres essaient aussi de poser leur candidature dans les élections législatives ou sénatoriales.
Voilà pour la définition et l’histoire de lobbying qui a vu le jour comme nous l’avons dit plus haut aux Etats-Unis d’Amérique. Mais qu’en est-il du lobbying en Tunisie ? Est-ce que cet outil peut s’avérer efficace pour les petites et les grandes entreprises tunisiennes afin d’influencer les pouvoirs institutionnels ? Cette approche est envisageable et même conseillée si on souhaite faire entendre sa cause et que l’on souhaite approcher les députés et les sénateurs pour le soutenir.A titre d’exemple, un industriel tunisien produit des insecticides tueurs d’abeilles. Pour défendre cette activité, il lui faut des arguments solides qui peuvent convaincre les députés à prescrire un amendement à la loi. Pour y arriver, il peut louer le service d’un lobbyiste. L’autre technique consiste également à organiser des colloques avec des députés invités afin de les sensibiliser sur le thème ou de les faire accepter son cahier de charges. L’organisateur paie évidemment tous les frais de cet évènement.
Quelle que soit la technique utilisée par un lobbyiste pour faire de pression sur les pouvoirs publics, il faut dire que l’activité n’est pas encore aussi très développée en Tunisie. Comme en France, elle nécessite un bon encadrement.
Dans tous les cas, si les PME ne peuvent pas se permettre de payer le service d’un lobbyiste, elles peuvent toujours recourir à des stratégies moins onéreuses comme la publication sur les réseaux sociaux pour influencer massivement les opinions des internautes. Ces outils de communication modernes sont des canaux pertinents aussi pour faire entendre sa cause.