Le secteur de la santé tunisienne affiche une amélioration au niveau de l’infrastructure et de qualité de soins malgré le déséquilibre régional qui règne encore dans le pays. Les Tunisiens bénéficient en effet d’un meilleur système de protection de santé comparé aux autres pays Africains si on en juge par l’espérance de vie d’un Tunisien à 78 ans en 2008 et la baisse du taux d’incidence des maladies transmissibles. Tour d’horizon sur l’univers de la santé en Tunisie, ses problèmes et le droit à l’accès aux soins des Tunisiens.
Le ministère de la santé publique surveille et prend en charge la gestion du système sanitaire tunisien.Le financement est assuré par la trésorerie de la République tunisienne et tous les citoyens Tunisiens peuvent en profiter. La majorité de la population ont ainsi accès aux soins de santé de base même si la couverture est encore insatisfaisante dans les régions retirées.La diversification de l’économie et l’amélioration du niveau de vie après la fin du protectorat permettent la mise en place de ce système de santé. Les normes médicales en Tunisie sont les mêmes que celles en Europe et après l’introduction de la sécurité sociale dans les années 50, on a enregistré de nombreuses améliorations. En effet si avant l’indépendance, la Tunisie ne possède que deux hôpitaux : l’hôpital Sadiki et l’hôpital civil français, aujourd’hui elle compte 180 hôpitaux, 2 000 centres de soins de santé de base, et une centaine de cliniques. Ces hôpitaux et cliniques travaillent généralement 24 H/7. Cette politique sanitaire se répercute sur la hausse du taux de l’espérance de vie et l’éradication de choléra, de paludisme…
Malgré cela, le secteur de santé publique est confronté à des problèmes comme la détérioration de l’infrastructure et des prestations de santé, le détournement de fonds et le déficit financier de certains hôpitaux.
Les établissements de santé et hôpitaux privés montrent, quant à eux, un développement significatif au niveau de l’infrastructure, de prestations et de capacité d’accueil. A titre d’exemple, les cliniques proposent des services de chirurgie esthétique, de thalassothérapie et de cures thermales.
Le secteur souffre également de manques de cadres médicaux à cause de l’immigration de cerveaux et de pénurie de médicaments.Concernant le parcours médical à suivre, la faculté de médecine tunisienne n’accepte que les 1 000 premiers dans tous les gouvernorats. On compte 4 facultés de médecine en Tunisie (à Monastir, à Sfax, Sousse et Tunis), une faculté de médecine dentaire et de pharmacie à Monastir, plus d’une vingtaine d’écoles professionnelles et instituts supérieures de formation du professionnel de l’infirmerie.
Par ailleurs, le secteur pharmaceutique est également supervisé par le ministère de la santé publique qui emploie des acteurs publics comme la pharmacie centrale de Tunis, l’Institut pasteur de Tunis, la direction de l’inspection pharmaceutique etc. La pharmacie centrale de Tunis distribue les médicaments à travers un réseau de grossistes privés.
Malgré ces quelques acquis, il existe encore de nombreux problèmes surtout au niveau de la santé publique tunisienne. D’un côté, il y a le surplus des professionnels de santé, la pénurie des médicaments, la vétusté de certains locaux ainsi que la pratique de corruption qui règnent dans certains hôpitaux.A cela s’ajoute l’exode des médecins et cadres dans les hôpitaux. Voilà pourquoi, le ministère de la santé publique a mis en place le plan 2016-2020 qui vise à instaurer une politique sanitaire plus performante et à renforcer le secteur public. La réforme nécessite en effet la révision des méthodes de gestion des hôpitaux, la modernisation des prestations de santé, le renforcement de la prévention et la recherche de solutions pour le manque de médicaments locaux et importés.
Concernant justement l’immigration des cerveaux, le SG du syndicat des médecins a indiqué que d’ici 2020, 2100 médecins quitteront le pays. Selon lui, cette situation est due à la hausse de violence contre le corps médical, la dégradation des infrastructures et des équipements médicaux dans les hôpitaux mais aussi au salaire insatisfaisant des professeurs agrégés universitaires en médecine. Et ceux qui ne quittent pas le pays vers l’Europe ou les pays du Golfe préfèrent exercer dans le secteur privé.
Outre la fuite des compétences et les mauvaises infrastructures dans les hôpitaux publics, ce secteur aurait aussi à faire face à l’inégalité régionale et d’un déficit budgétaire. Selon les statistiques, le secteur public tunisien affiche un effectif de 94 % de paramédicaux, 47 % des médecins, 23 % des professionnels dans la pharmacie et 19 % des chirurgiens-dentistes. Les chiffres indiquent également que le secteur public tunisien enregistre une défaillance budgétaire de 400 millions de dinars en dépit de la hausse du nombre de lits dans les hôpitaux.
Pour remédier contre la fuite des médecins, le secteur de santé public pourrait faire un recrutement mais depuis ces dernières années, le secteur affiche aussi un manque de moyens humains car les départs ne sont pas remplacés.Les 407 millions de dinars tunisiens versés pour sauver le secteur public et les 2 000 recrutements en vue n’apportent que des solutions superficielles à ce mal. En effet, les recrutements ne permettent même pas de couvrir la moitié de départ des médecins.Il devient nécessaire ainsi d’envisager un plan de sauvetage pratique et réalisable qui n’entre pas en conflit d’intérêt avec l’UGTT et l’OTJM.
La constitution tunisienne cite le droit à la santé dans l’article 38. Toutefois, malgré la présence de cette loi, un nombre non négligeable de la population n’a pas encore accès à des soins de qualité et ne bénéficient pas de facto du droit à la santé. Comme on l’a déjà expliqué ci-chaut, ce problème est dû en partie à l’aggravation de l’inégalité sociale dans les gouvernorats. La corruption dans les hôpitaux publics, et le désengagement de l’Etat sont également incriminés dans ce non-respect du droit à la santé.
En effet, dans les régions éloignées, les citoyens ont des problèmes à trouver un centre de santé de base ou un hôpital à proximité malgré la répartition de ces structures de soins dans le pays. Les hôpitaux régionaux ont un manque de médecins spécialistes. Les centres de santé de base n’ont pas aussi de personnel suffisant. Cette situation entraîne à son tour l’encombrent des hôpitaux de circonscription et des hôpitaux universitaires. A cause du déficit ou de pratique des activités privées complémentaires des cadres médicaux, ces hôpitaux dans les régions ne sont plus ainsi en mesure de fournir des soins de haut niveau. La rupture de stock, le problème d’accès aux médicaments essentiels aggravé par la mauvaise gestion alourdissent cette situation du secteur de santé publique. Cela affecte notamment les centres de santé de base.
Outre ces obstacles à l’accès aux soins, la mauvaise qualité de l’accueil, le non-respect du secret de maladies, l’impossibilité d’accéder aux informations utiles pour son traitement caractérisent également certains hôpitaux publics. Les trois quart de la population ne peuvent pas bénéficier des services de qualité satisfaisants et doivent se tourner vers les services payants du secteur privé. Enfin, les pots de vin, la corruption, le détournement de clientèle vers le secteur privé empêchent aussi la majeure partie de la population à avoir réellement droit à la santé.