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L’agriculture en Tunisie vers la marginalisation ou l’évolution ?



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Huit ans après la révolution, les réformes du secteur agricole peinent encore à relancer l’économie, selon l’avis de nombreux acteurs dans ce secteur. Certains pensent que l’agriculture est la solution idéale pour dénouer les problèmes socio-économiques du pays. D’autres considèrent que ce secteur nécessite une restructuration car elle tend vers la marginalisation des petites exploitations. Zoom sur l’état actuel de ce secteur.

L’agriculture en Tunisie

Le secteur agricole tient une place non négligeable dans l’économie de la Tunisie. Ce secteur génère en effet 8,5 % du PIB en 2012 et 9 % du PIB en 2018. Si on ajoute l’agroalimentaire, ils constituent ensemble 11 % du PIB et fournissent 15 % des emplois. Or, avant la fin de la colonisation, ce secteur tient encore 29 % de l’activité économique du pays mais après le protectorat français, cette quote-part de l’agriculture dans le PIB a baissé inexorablement. La libéralisation de l’économie depuis plus e 3 décennies et l’accord de libre-échange signé avec l’UE impactent aussi sur la performance de ce secteur.

A titre d’info, les terres à vocation agricole en Tunisie s’étendent sur une superficie de 10 000 ha dont la moitié sont des terres labourables utilisés pour l’arboriculture et les grandes cultures ainsi que les petites exploitations. 75 % des superficies exploitées sont des exploitations de petite taille inférieure à 10 ha. Le reste sont des parcours naturels, des garrigues et des forêts. En fait, le pays adopte une politique agricole tournée vers l’autosuffisance alimentaire. Pour réaliser cet objectif, l’Etat gère une bonne partie des filières agricoles à travers la mise en place de l’office des céréales pour la collecte et l’importation des céréales, l’office du commerce, l’office national de l’huile etc. L’Etat a également instauré des mesures de soutien des prix du marché sur certains produits comme les céréales et le lait ainsi que l’octroi des aides à l’investissement et à l’achat des intrants pour les agriculteurs.Des fonds sont aussi mobilisés pour indemniser les agriculteurs en situation financière difficile suite aux catastrophes naturelles. Cette politique adoptée par l’Etat a permis d’apporter des résultats tangibles sur la croissance de la production agricole du pays. Les principales productions du pays sont les céréales (le blé dur et l’orge), l’huile d’olive, les agrumes, les palmiers dattier, les cultures maraîchères, la production de raisin de table ainsi que la production laitière, la production de viande rouge et viande blanche.L’huile d’olive et les dattes figurent parmi les filières qui ont enregistré une croissance notable.

Concernant les problématiques de ce secteur, ses performances sont limitées par le problème de potentiel naturel et économique comme l’érosion des millions d’hectares, la variation de pluviométrie, les zones arides, l’exploitation excessive des ressources, la migration des jeunes, le vieillissement de la population rurale, le manque de ressources etc. L’enjeu de ce secteur reste ainsi sa capacité à produire des produits agricoles de qualité et à optimiser son potentiel commercial sur le marché à l’échelle nationale et internationale

La crise de l’huile d’olive en Tunisie.

Pour en revenir à la production de l’huile d’olive en Tunisie, l’année dernière le pays affiche un excédent de la production. En effet, la production moyenne pendant ces dernières années atteint 1,3 millions de tonnes par an alors qu’en 2008, elle tourne autour de 900 000 tonnes par an.Or, lorsque l’excédent ne trouve pas de preneur ou de débouché, cela risque d’impacter sur la performance de la filière oléicole. Outre ce problème, ce secteur de production de l’huile d’olive est confronté aussi à des difficultés majeures comme la hausse du coût de la production et la baisse du prix de ces produits agricoles. Voilà pourquoi le syndicat des agriculteurs de Tunisie (Synagri) juge utile d’accorder un financement aux propriétaires des huileries afin de valoriser et d’améliorer le conditionnement de ces huiles d’olive. L’objectif est de venir en aide aux agriculteurs ayant ces excédents de produits. Le syndicat juge aussi que les décisions sur la saison de la culture d’huile d’olivene suffisent pas pour résoudre le problème lié à la hausse du coût de la production et à la réduction du prix de ce produit. Il intervient notamment pour la recherche d’une solution afin de sauver la crise de la saison actuelle 2019/2020.De son côté, le ministre de l’agriculture, des ressources hydrauliques et de la pêche a indiqué qu’en raison du surplus de production de l’huile d’olive, le prix de la vente de ce produit sera abordable et que ces prix ne dépasseront pas le coût de la production.

Par ailleurs pour l’heure, on retrouve quelques projets sur la réutilisation des rejets de margines et grignons mais ils ne permettent pas de résoudre le problème découlant de ces sous-produits et leur impact sur l’environnement. Sinon, deux entreprises japonaises sont aussi en train d’expérimenter de nouvelles technologies pour revaloriser les déchets solides oléicoles au niveau de la zone industrielle à Fès. Cette expérience permet d’avoir une sécheuse à décompression et à chaleur d’huile. Ces matériels permettent de traiter les déchets afin d’obtenir de la matière première pour la production des combustibles, des fertilisants et des aliments pour bétail. L’Etat prévoit aussi la possibilité d’épandage des margines sur les sols en tant que fertilisants.En fait, le grignon est déjà utilisé comme combustible par exemple, dans l’usine de Renault à Tanger. Ce groupe dispose d’une unité de production de l’eau chaude par trois chaudières pour le chauffage de l’atelier de peinture de l’usine. Ce qui lui garantit une économie de 300 000 m3 d’eau par an. Les noyaux d’olive peuvent aussi servir à la production de vapeur dans les chaudières dans les usines de fabrication de ciment. Le grignon peut également produire le bio-compost ou de l’alimentation des animaux.

Rappelons que la région de Fès produit 30 % de la production nationale d’huile d’olive avec 600 huileries actives et des centaines d’unités traditionnelles.

Comment peut-on évaluer le secteur de l’agriculture en Tunisie ?

Comparée à l’année 2017, l’année 2018 a fait montrer une progression du secteur de l’agriculture de 9,5 % environ. Cette belle performance est causée en partie par la forte exportation de l’huile d’olive. Le pays est d’ailleurs en passe de tenir le deuxième rang dans la production mondiale de ce produit.

Par ailleurs, l’agriculture manque de l’infrastructure efficace pour optimiser les exportations en Europe. Le secteur pèche aussi au niveau de la faible tombée de pluie dans certaines régions et le morcellement des champs. Quoi qu’il en soit, certains exploitants utilisent des moyens modernes comme les drones et des outils plus performants afin de mieux gérer leur production. Mais il ne faut pas nier que le retard de réformes se fait toujours sentir dans ce secteur. Ce retard se répercute sur les conditions de travail de la femme dans ce milieu agricole et sur les formes de marginalisation de la gent féminine dans la production agricole.

L’Union tunisienne de l’agriculture et de la pêche prévient d’ailleurs contre les formes de marginalisation de ce secteur. Elle indique que cela porte atteinte à la sécurité nationale et à la paix sociale. L’organisation interpelle aussi l’Etat dans la mise en place d’un modèle de développement basé sur l’agriculture. Enfin, concernant la négociation entre le gouvernement tunisien et l’UE sur l’ALECA, l’organisation trouve ces négociations peu adéquates.

 

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