Depuis ces dernières années, les déchets ne cessent de s’accumuler en Tunisie et entraînent des pollutions de l’environnement et une dégradation de la santé publique. Selon une étude réalisée en 2016, un Tunisien vivant en ville produit environ 300 kg de déchets par an. Les industries ont aussi leur part de production qui constitue 7 millions de tonnes par an, dont une bonne partie est classée dangereuse. Face à la gravité de cette problématique, le gouvernement encourage des projets de valorisation des résidus à travers le tri sélectif et le cycle de recyclage. Zoom sur l’état de la pollution, les solutions de l’Etat et les différents projets de valorisation de ces déchets.
La pollution par les déchets symbolise une crise d’une société de surconsommation. Elle est difficile à gérer tant par leur effet sur l’environnement mais aussi par leur élimination qui implique la mobilisation d’un budget important. Selon le rapport fourni par la GIZ en 2014, chaque citoyen Tunisien produit 298 kg de déchets par an environ tandis que la production du pays au niveau national atteint 6 943 000 tonnes de déchets dont 44 % sont considérées néfastes pour la santé. Ils proviennent notamment de l’activité industrielle et d’activité de soins. Le rapport indique aussi qu’un infime pourcentage (5 %) des déchets municipaux collectés subit une opération de compostage et 4 % seulement sont recyclés. Or, 68 % des déchets municipaux peuvent être détruits par les agents biologiques. L’Agence nationale de gestion de déchets indique aussi que sur 2,2 tonnes de déchets, seuls 85 kg sont réutilisés à travers le processus de recyclage. D’autre part, il faut noter que les déchets en plastique (bouteille, polystyrène, verre, carte téléphonique, sac en plastique, canette en aluminium… ) prennent des centaines d’années à disparaître. Le problème ne concerne pas ainsi uniquement la production des déchets mais aussi la collecte, le recyclage et la suppression.
La Cour des Comptes révèle quant à elle, un déversement de 142 milles tonnes de déchets dangereux dans la nature chaque année. Elle soulève aussi le problème qu’il n’existe pas de classement clair de déchets en Tunisie, comme on en trouve dans les législations européennes. Le décret n° 2000-2339 du 10 octobre 2 000 ne mentionne pas le degré de concentration des éléments nocifs des déchets dangereux. Elle indique également que seule la moitié des productions de déchets d’activité de soins (DAS) classés dangereux des hôpitaux publics entrent dans le cadre de programme nationaux tandis que 2 400 tonnes est traité par les services municipaux comme étant des ordures ménagères. Le rapport fait remarquer aussi que la procédure d’élimination de plus de 2000 tonnes des déchets des centres de transfusion sanguine se fait d’une façon anarchique.
La pollution impacte négativement sur l’environnement et la santé des citoyens. Il est grand temps de mettre en place des actions correctives à travers une gestion efficace des déchets à l’échelle nationale. Or, il faut noter que l’Etat n’a pas encore jusqu’à maintenant instauré des mesures pratiques pour obliger les producteurs des déchets dangereux à éliminer leurs déchets. Pourtant, parmi les 8 mille tonnes de déchets médicaux par an, plus de 6 millions de ces déchets industriels sont classés dangereux. Les structures concernées ne cherchent pas des solutions pérennes pour mieux encadrer la gestion des déchets dangereux en essayant d’adapter leur stratégie aux normes internationales.
Concernant l’initiative de l’Etat pour le financement de ce secteur, l’Etat a créé la Banque tunisienne de solidarité (BTS) en 2005. L’un des objectifs de cette institution bancaire est d’aider les jeunes entrepreneurs à travers l’octroi de microcrédits à taux de 7 % pour monter leur projet dans le domaine de création de société de gestion de déchets. Depuis, on recense 500 micro-entreprises bénéficiaires de crédits BTS, ce qui totalise un montant de 15 millions de dinars tunisiens. Le petit bémol, le taux d’attribution de ce prêt n’a pas affiché une hausse après la révolution de 2011. Le BTS sélectionne les candidatures ayant un niveau d’éducation élevé. Ce qui ne s’applique pas pour la plupart des entrepreneurs dans la collecte des déchets.
Parmi les entreprises opérant dans ce secteur de gestion des déchets, on peut citer entre autres Did’recyclage, green plus, Tunisie recyclage. Did’recyclage s’occupe de la gestion des déchets industriels toxiques en Tunisie depuis 2016. L’entreprise prend en charge le triage, stockage et élimination de ces déchets. Ces derniers sont acheminés vers un centre d’élimination en France après leur stockage pendant une dizaine d’années. Green plus, quant à elle, se lance dans la distribution, la collecte, la valorisation et le recyclage des bouteilles en plastique. Elle prend en charge l’installation des distributeurs qui admettent seules les bouteilles en plastique. Les machines de Green plus effectuent le compactage des bouteilles en plastique PET en réduisant jusqu’à 15 fois leur volume afin de réduire le coût de transport et de faciliter la collecte. Quant à Tunisie recyclage, elle collecte les déchets dans les villes et les plages du pays afin de les revendre à des entreprises de tri et de recyclage.
Les déchets qui remplissent les poubelles ou pire qui sont jetés dans les coins de rue, des trottoirs, des plages présentent une menace pour la santé publique. Or, ils peuvent être recyclés ou incinérés et utilisés pour faire des engrais, des contenants en plastique, des pièces mécaniques, de biogaz qui pourra fournir de l’électricité, de carburants etc. Les matières organiques, végétales, animales des ordures ménagères et des secteurs agro-alimentaires (emballage des produits, papier-carton, boites de conserves…) peuvent être transformés dans les circuits industriels pour obtenir de nouveaux produits. En Europe, la filière recyclage connaît un essor remarquable surtout en Allemagne mais aussi dans les pays scandinaves. Ils visent la réduction à zéro des gaspillages des bouteilles en plastique.
En Tunisie, le recycle est déjà une industrie mais elle est encore à ses balbutiements. En effet, les individus collectent manuellement les bouteilles en plastique et les vendent auprès des entreprises de recyclage concernées, ou ils passent par l’intermédiaire d’un grossiste. Or, il est plus économique de mettre en place des technologies plus efficaces qui permettent d’optimiser une chaîne de collecte des bouteilles en plastique. Par exemple, la société Green plus cité ci-haut, vise à installer un nouveau système de collecte de ces récipients en plastique dans le but de les recycler et de les valoriser. Pour ce, elle participe à des programmes pour sensibiliser les habitants en matière de collecte de ces bouteilles en plastique.
Rappelons que les chiffonniers indépendants (Barbéchas) effectuent le ramassage de deux tiers de recyclage des déchets dans le pays. Certains vont à pieds, d’autres sont motorisés. Ils remplissent leur chariot des plastiques qui coûteront 23 centimes le kilo à l’ONG international alert. Les bouteilles en plastique seront ensuite broyées et proposées à 30 centimes le kilo. L’association aide aussi ses membres avec les vaccins antitétaniques, l’octroi des gants… Ces chiffonniers au nombre de 8000 n’ont pas encore obtenus de vrais statuts jusqu’à maintenant. Leur travail ne bénéficie encore d’aucune reconnaissance de l’Etat. L’Agence Nationale de Gestion des déchets est aussi active dans ce projet de valorisation de déchets. Elle collecte les bouteilles transparentes et souples ramassées par les « Barbéchas » afin de les broyer sur place et les exporter ensuite vers la Turquie. Ce sont juste quelques-uns des entreprises oeuvrant dans ce secteur de recyclage. Mais le problème c’est toujours l’absence d’une stratégie précise sur le développement de la filière et les objectifs de valorisation de déchets à atteindre.