Les restrictions de placement, le confinement général, la fermeture de nombreux commerces à cause de la pandémie mondiale ont des retombées sociales conséquentes dans presque tous les pays du monde. En Tunisie, dont l’économie repose fortement sur le tourisme, l’épidémie a causé la perte d’emploi des plusieurs milliers de travailleurs. Le chômage frôle d’ailleurs le taux de 22 % selon les sources officielles. Les frontières sont ouvertes le 27 juin dernier, mais quel est l’impact de ce virus mortel sur l’économie et le secteur privé ? Décryptage.
La plupart des dirigeants de pays dans le monde entier ont choisi les pertes économiques afin de maîtriser la propagation du coronavirus. Cette décision a entraîné la chute de la production, la baisse de revenus et la chute du PIB et ce, même dans l’empire asiatique où est sorti ce virus. La Chine enregistre en effet, un PIB de 1 % tandis que les Etats-Unis affichent un déclin de PIB de 8 %. Pour la France, la statistique du PIB tourne autour de -12,5 % contre -12,8 % pour l’Italie. Une situation contraignante qui touche également la Tunisie avec une baisse de produit intérieur brut de -21.6% pour le deuxième trimestre de cette année. Le nombre de chômeurs tunisiens a explosé et a atteint son pic depuis la Révolution de 2011 selon l’INS. Toutes les branches de l’économie du pays ont connu un effondrement sauf le secteur agriculture et les métiers du web et de l’e-commerce.
Concernant le bilan de la pandémie covid-19 en Tunisie, force est de constater que depuis l’ouverture des frontières, le pays enregistre une augmentation des nouvelles infections et de nouveaux décès dans les 24 gouvernorats. La statistique en date du 3 septembre 2020 affiche 4 194 contaminations et 81 morts. Un bilan qui mérite quelques réflexions. En fait, les membres de l’équipe du Covid accusent les citoyens de relâchement et d’absence de responsabilité face à l’épidémie. Une accusation bien fondée car même si le port des masques est obligatoire dans les lieux publics et les transports en commun, peu de Tunisiens respectent cette obligation. Il n’y a pas aussi des mesures correctionnelles sévères pour ceux qui ne jugent pas utiles de porter le masque.
De l’autre côté, il y a la prise de décision hésitante et l’absence de stratégie d’anticipation des autorités concernant la gestion de flux de l’arrivée des résidents Tunisiens à l’étranger et l’insuffisance de la capacité d’hébergement du centre d’accueil Covid+ de Monastir. Et le problème persiste toujours malgré l’ouverture d’un autre centre à Mahdia, car celui-ci ne peut héberger que 180 personnes contaminés. Ce nombre étant dépassé en quelques jours, les autorités sont de nouveau en face du problème d’hébergement des malades du Covid 19. D’autre part, les autorités ont aussi indiqué que la présentation d’un test PCR négatif est indispensable pour entrer en pays. Cette obligation s’adresse aux visiteurs venant de la France, du Royaume-Uni et de Belgique. Mais face à la hausse des malades, l’obligation s’étend depuis sur tous les voyageurs venant de l’étranger.
Face à ces tâtonnements, le pays qui pense avoir réussi à juguler la progression du nombre des personnes contaminés se retrouve ainsi confrontée à une seconde vague de coronavirus après la reprise du travail et l’ouverture des frontières. Cette perspective sombre est exacerbée par la démission du gouvernement le 15 juillet dernier et la hausse des tensions sociales avant et après cette crise.
Notons par ailleurs qu’une équipe de l’instituteur Pasteur de Tunisie a travaillé dans le développement d’un vaccin contre le coronavirus depuis le début de la pandémie. Mais qu’on arrive à trouver ou non une substance conférant l’immunité contre ce virus, il a déjà causé l’aggravation de la récession pendant les deux premiers trimestres de cette année.
La situation socioéconomique de la Tunisie ne se porte pas déjà mieux bien avant cette crise sanitaire. Mais cette épidémie l’a aggravé en paralysant bon nombre de secteurs. Le ministère de développement, de l’Investissement et de la Coopération internationale et du Pnud ont prévu une hausse du taux de chômage allant jusqu’à 21 %.Les chiffres indiquent une réduction de la production globale du pays pendant les 6 premiers mois de cette année, un glissement des recettes du tourisme et un ralentissement du commerce extérieur.
Toutefois, malgré les bonnes intentions, la situation de l’économie actuelle ne fait pas prévoir une éventuelle relance économique rapide du secteur privé. On assiste en effet à une aggravation de la récession à cause des facteurs comme la hausse des chômeurs ainsi que le retour au pays des nombreux Tunisiens travaillant à l’étranger qui ont rompu ou fini leur contrat. Car certains chefs d’entreprise dans les pays d’accueil ont préféré aussi arrêter le contrat vu l’effet du coronavirus sur leur trésorerie. De nombreuses entreprises privées tunisiennes sont aussi obligées d’opter le chômage partiel afin de pouvoir conserver leur trésorerie et retrouver leur rythme de production après le retour à la normale de la demande.
En fait, les plus grands problèmes du secteur privé, ce sont la baisse de l’investissement, le déséquilibre de l’offre et la demande et l’insuffisance des capitaux liquides. Pendant les deux premiers trimestres de cette année, ce secteur affiche une baisse des importations des biens d’équipement. Et cela n’a rien de bon pour le dinar qui continue à dégringoler malgré la reprise partielle des investissements dans le forage. Le rapport du Mdci et du Pnud n’est pas aussi plus optimiste. Il prévoit également un ralentissement en volume de l’investissement de 8 % pour cette année 2020.
Par ailleurs, une enquête menée par l’INS en collaboration avec l’IFC auprès de 2500 entreprises du secteur privé a fait un état de lieu de l’impact du covid sur ce secteur. Cette enquête a révélé que 88 % des entreprises privées sont toujours en activité après la crise. 24,5 % d’entre eux ont travaillé sans interruption tandis que 62,4 % ont ré-ouvert leur porte après une interruption. 10 % étaient quant à eux toujours fermées après cette crise. Mais comme on l’a dit plus haut, la majorité de ces entreprises privées (72 %) pensent ne pas disposer de fonds suffisants pour assurer leurs dépenses et 36 % déclarent un risque de fermeture avec la crise économique actuelle.
La perturbation causée par le covid a entrainé la baisse de chiffre d’affaires pour 88 % environ des entreprises enquêtées pendant le mois d’avril. Pour celles qui ont pu toujours continuer de travailler, 78 % affichent une décroissance de leur cash-flow tandis que 70 % déclarent une baisse de la demande. 69 % des personnes enquêtées ont aussi indiqué une baisse des heures travaillées tandis que la moitié de ces entreprises privées ont eu des problèmes d’approvisionnement en matières premières.
Pendant la crise, 18 % environ des entreprises privées ont opté pour le congé payé contre 11 % pour la réduction de salaire. 4,5 % ont fait de licenciement et un pourcentage insignifiant de 1,2 % a fait de recrutement.59,7 % des entreprises dans le TIC ont aussi adopté une politique de digitalisation et le télétravail.
Concernant le plan de relance des activités de ces entreprises, 13 % d’entre elles ont mis en place un plan de continuité des activités. Pour mieux faire face à cette période post-crise, les entreprises du secteur privé demandent ainsi la réduction d’impôt, l’apport des liquidités, et les allègements fiscaux. Mais seules 10 % d’entre elles ont pu jusqu’à maintenant bénéficier des aides gouvernementales.