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Le chômage en Tunisie



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Le déclenchement de la crise politique de 2011 est en partie provoqué par le chômage des jeunes. Ces derniers descendaient dans la rue pour revendiquer leur droit à l’emploi. Au fil des ans, force est d’avouer que cette situation socio-économique ne s’est pas améliorée. Elle s’est même dégradée cette année à cause du confinement généralisé dû à la pandémie et la croissance économique négative. Décryptage sur la hausse des chômeurs en Tunisie, ses causes et un survol de l’augmentation du chômage dans le monde.

Alors que la stratégie nationale pour l’emploi (SNE) prône la valorisation du capital humain et le renforcement de la gouvernance du marché d’emploi, tous les projets de loi des gouvernements successifs qui se sont relayés n’ont pas réussi à résorber ce problème de chômage en Tunisie. Celui-ci touche toujours 15 % de la population active et il a même augmenté à 18 % pour le deuxième semestre de cette année 2020 à cause de l’épidémie mondial. Pour la petite histoire, avant le soulèvement populaire de 2011, le nombre des jeunes diplômés et des femmes inactifs et des salariés travaillant dans des conditions précaires est toujours aussi élevé.

En ce qui concerne l’évolution du chômage pour cette année, l’enquête nationale sur les habitants et l’emploi pour le premier trimestre de cette année a révélé que le nombre des chômeurs parmi les personnes actives atteint 634 700 contre 623 900 pour le dernier trimestre de l’année dernière soit une hausse de 10 800 sans emplois. Ce qui affiche une évolution de taux de chômage de 12,3 % pour les hommes contre 22 % pour les femmes. L’INS a quant à elle indiqué que le taux de chômage affiche une légère hausse pour le deuxième trimestre soit 18 % environ de la population active contre 15,1 % pour le premier trimestre. On dénombre 746 000 chômeurs parmi la population active pendant ce deuxième trimestre.

En ce qui concerne la population active, elle représente 4 200 300 au premier trimestre de l’année en cours contre 4 190 300 pour le dernier trimestre de l’année dernière. 71 % de ce chiffre sont des hommes.

Cette hausse du taux de chômage est due à des nombreuses raisons comme les mouvements sociaux, la cessation des projets industriels qui ont bénéficié de financement des IDE, la croissance économique négative de 6 % ou de 7 % pour cette année, l’incapacité du gouvernement à créer de nouveaux emplois pour les nouveaux diplômés qui rejoignent le marché. En effet, les statistiques ont indiqué que l’écart se creuse entre le pourcentage des personnes ayant un niveau d’instruction élevé et les personnes ayant reçu une éducation primaire ou secondaire. Ces derniers n’ont pas du mal à décrocher un emploi.

Quoi qu’il en soit, covid-19 est aussi pour quelque chose dans l’arrivée de plus de 270 000 nouveaux chômeurs sur le marché local. La pandémie a entraîné aussi un déclin de 4,4 % du produit intérieur brut et une éventuelle hausse de la pauvreté de 15,2 % à 19,2 %. Sans oublier le taux de croissance négative de -4,4 % et la baisse de l’investissement global de 4,9 % pour cette année. Des défis majeurs à relever pour le gouvernement qui doit mettre en place un programme de relance économique tout en s’attaquant à l’amélioration de la situation de l’emploi et des sans-emploi en Tunisie.

D’abord, le mot chômeur englobe toutes les personnes en âge de travailler mais qui restent sans emploi ou qui sont à la recherche d’un emploi, ou qui peuvent être disponibles pour travailler dans l’immédiat. En général, le chômage est causé par le manque de flexibilité d’un marché de travail, le mauvais équilibre du nombre d’offres d’emploi par rapport aux demandes et l’insuffisance de l’activité économique. Et ce décalage entre l’offre et la demande constitue un grand défi pour la Tunisie, car malgré l’amélioration du niveau d’éducation des jeunes, les diplômes et formations reçus sont inadaptés à l’emploi demandé.

D’un côté, il ne faut pas nier que l’économie ne génère pas aussi assez d’emplois ou d’investissements. La plupart des emplois accessibles dans le secteur privé ne requièrent pas de qualification. En principe, ils sont accessibles à une main-d’œuvre à salaire peu élevé. Et par l’effet de l’évolution du système éducatif, de nombreuses jeunes femmes sortants universitaires arrivent sur le marché de l’emploimais se sont trouvés démunies à cause de cette inadéquation entre leur compétence et les postes proposés.

Les institutions responsables de la formation des jeunes diplômés n’essaient pas aussi d’analyser cette inadéquation entre les niveaux de qualification demandée et offerte et les réels besoins de l’économie.

Le développement du secteur parallèle ainsi que l’insuffisance de la protection des salariés contre le licenciement individuel pourraient être aussi une cause de cette hausse du taux de chômage. A noter que l’expansion de l’économie informelle dans un pays dénote un ralentissement de l’activité économique à cause du manque à gagner subi par l’Etat et des flux financiers.

La Tunisie n’est pas le seul pays à souffrir d’une hausse de taux de chômage à cause du coronavirus. Les répercussions de la pandémie sont importantes dans les pays qui ne donnent pas de droits au chômage comme les Etats-Unis ou l’Espagne. Pour les Etats-Unis, le nombre de nouveaux chômeurs qui s’inscrivent au chômage affiche plus de 40 millions depuis la crise, un nombre jamais atteint même pendant la période de grande dépression. Et malgré le déconfinement des entreprises, les licenciements n’arrêtent pas. Le gouvernement Trump et le congrès ont effectué le déblocage de centaines de milliards de dollars pour aider les entreprises à payer les salaires des employés et même les travailleurs indépendants ont reçu des aides financières. Les secteurs les plus touchés sont le secteur du commerce, du transport, ainsi que ceux des loisirs et de l’hébergement. Mais l’économie américaine commence à sortir petit à petit du marasme si on juge par la baisse du nombre de chômeurs inscrits à l’assurance-chômage. Au total, le gouvernement américain a créé 8 millions d’emplois pour faire face à la quarantaine de millions d’emplois détruits pendant la crise. Le marché du travail redémarre mais malgré cela, il reste encore des millions d’américains sans emplois.

En Espagne, les demandeurs d’emploi sont plus de 302 000 en mois de mars et en avril, plus de 282 000 personnes supplémentaires ont demandé une indemnisation chômage. Et la situation ne s’améliore pas pendant tous les mois du confinement alors que l’Espagne affichait déjà un taux de chômage élevé à 13,8 % avant la crise. Les secteurs des services et le tourisme sont les plus affectés avec plus de 206 000 chômeurs. L’administration espagnole prévoit un déficit du PIB de 10,34 % à cause de la crise.

En France, la hausse du taux du chômage est limitée à cause de l’indemnité de chômage partiel financé par l’Etat. Cette allocation touche un salarié sur 4, soit 4 millions de personnes environ. Mais la statistique affiche tout de même une hausse de 7,1 % de chômeurs au mois de mars et la moitié des salariés du secteur privé en chômage partiel. C’est pourquoi, les analystes tablent sur une hausse de taux de chômage avant la fin de l’année.

 

 

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