Les mesures mises en place pour lutter contre la pandémie coronavirus a entrainé de chocs financiers et des lourdes conséquences sur l’économie de nombreux pays. En effet, dû au confinement, à la fermeture et la perturbation de production des usines, à la baisse des échanges commerciaux et la paralysie de la circulation routière et aérienne, les menaces de récession et d’inflation pointent à l’horizon. L’économie tunisienne n’est pas épargnée par le ralentissement du rythme de la croissance économique. Gros plan sur l’impact de la crise sanitaire sur le pouvoir d’achat des tunisiens et sur le commerce internationale en Tunisie et une vue globale de l’effet de l’épidémie à l’échelle mondiale.
Si la crise sanitaire a d’abord réduit la production des usines et l’activité économique, ses effets affectent aussi la consommation des ménages. En effet, la crise affecte 48 % des employés dont la plus grande partie dépend du secteur informel. Ces derniers ne bénéficient pas de couverture sociale et il est aussi difficile de les identifier. Quoi qu’il en soit, l’Etat a octroyé des allocations budgétaires pour réduire les effets socio-économiques de l’épidémie. Ces aides financières de 400 DT en deux tranches ciblent 470 000 familles dans une situation précaire. Et plus de 700 000 personnes perçoivent 200 dinars pour compenser leur perte financière avec le chômage technique. Sur le plan social, on a remarqué les difficultés des foyers Tunisiens à s’approvisionner en farine, semoule et produits sanitaires dû à leur disponibilité pendant la crise. Pendant le confinement total, certains ménages doivent alors réduire la qualité ou la quantité de leur ration alimentaire. Le quart des foyers tunisiens doivent aussi emprunter de l’argent auprès de leurs proches ou puiser dans leur économie pour se prémunir contre la perte d’emploi. Selon les chiffres, 6 millions de Tunisiens sont impactés par les mesures de confinement entraînant la perte de revenu, les pressions bancaires, la baisse de la qualité de vie…
Notons que la conjoncture économique de la Tunisie est déjà délicate avant la crise, les mesures de déconfinement progressif n’ont que peu d’impact sur la croissance de l’économie. C’est dû au fait que l’économie du pays est largement dépendante de ses partenaires européens à travers ses exportations et importations. Or, ces échanges commerciaux affichent un recul de 29 % environ le mois de mars 2020 comparé à la statistique du même mois l’année dernière. Ce qui pourrait entrainer une baisse du taux de croissance allant jusqu’à 8 points pour cette année. Une perte de taux de croissance qui provoque à son tour une hausse du taux de chômage allant jusqu’à 18 % alors qu’avant la crise, les chômeurs constituent 15 % environ de la population active.
Ainsi, les mesures de confinement prises par l’autorité le 20 mars 2020 s’inscrivent déjà dans un contexte difficile car le gouvernement tunisien mandaté un mois avant le début du confinement est déjà confronté à une situation économico-sociale critique avec une faible croissance de moins de 1 % l’année 2019, un accroissement du déficit commercial allant jusqu’à 18 % du PIB. A cela s’ajoutent les autres difficultés comme la remontée de dettes publiques atteignant 76 % du PIB, la hausse du taux de chômage, l’essor du secteur informel et la baisse des investissements. Pour relancer l’économie, le gouvernement a alors mis en place des mesures permettant aux entreprises les plus affectées par la crise de rééchelonner leurs dettes sur 7 ans. Le secteur touristique, artisanal, restauration et transport peuvent aussi accéder à des nouveaux financements sur une période de 7 ans avec 2 années de grâce.
Les effets néfastes de la pandémie covid-19 se font ressentir non seulement au niveau économique et social mais aussi sur le commerce international. Selon le constat de l’expert économique, Karim Ben Khala, l’épidémie a montré qu’il existe une partie du monde consommateur et une autre partie « producteur » de biens de consommation. Et cela régule les lois du commerce international. Cet équilibre produit un impact non négligeable sur l’agriculture tunisien et les accords d’exportation signés avec les pays européens. Ces accords permettent aux investisseurs étrangers de s’approprier des terres agricoles tunisiennes. L’alimentation des marchés locaux pendant la crise sanitaire revient alors aux petits agriculteurs alors que ces derniers sont déjà victimes de manque de moyens de production et de transport. L’expert a souligné que la distance n’est pas le seul élément qui entre en jeu dans la localisation des marchés de sous-traitance. Le risque d’approvisionnement et la corruption sont aussi considérés. Toujours est-il que la Tunisie fait partie des 142 pays du tiers monde qui continue toujours son exportation de production pendant le confinement.
Concernant justement les investissements extérieurs et les exportations tunisiennes, la prévision de la loi de finance 2021 indique la soumission des sociétés exportatrices à un taux d’imposition de 18 % et une retenue à la source à hauteur de 10 %. Ces mesures mises en place par les autorités tunisiennes ont déclenché la réaction de la Chambre de commerce tuniso-belgo-luxembourgeoise (CCTBL). La chambre a appelé alors les intervenants concernés à ne pas appliquer ces augmentations. Elle a aussi appelé l’aide des ministères concernés dans le soutien du secteur de l’exportation à travers l’évaluation de l’utilisation des ressources du FOPRODEX, le paiement des remboursements bloqués du fonds Tasdir+, l’affectation des ressources régulières du FOPRODEX au fonds Tadsir+, la mise en place de structures de soutien aux exportateurs tunisiens à l’étranger et l’organisation des journées de rencontres des exportateurs et sociétés de commerce international à l’étranger.
Soulignons par ailleurs que le projet de loi relatif à la dynamisation de l’économie 2021 fait voir des points positifs comme la pertinence de l’assainissement budgétaire des entreprises publiques et privées, les mesures de redressement économique et l’allègement de l’impact de la crise sur les couches sociales les plus impactées. Mais reste à savoir comment réaliser ces objectifs et mobiliser ces ressources.
L’ampleur de la crise sanitaire est due au manque d’informations des autorités chinoises sur l’étendue du coronavirus alors que de nombreux pays comme les Etats Unis d’Amérique ont tardé à prendre des mesures permettant d’endiguer l’épidémie. Cela a fait augmenter d’une manière considérable le taux de personnes décédées et infectées dans de nombreux pays.
Le virus a un impact non négligeable sur l’économie et le commerce mondiale. La Chine étant la deuxième puissance mondiale avec une part de marché 15,8 % dans le PIB du monde et une part de 12,8 % des exportations des marchandises dans le monde. Beaucoup de pays partenaires commerciaux de la Chine subissent les conséquences négatives du coronavirus. En ce qui concerne la conséquence à court terme du coronavirus, on remarque l’inadéquation de l’offre et de la demande de l’économie mondiale, la baisse des transactions financières, la stagnation du tourisme international et des transports aériens des passagers ainsi qu’un recul des investissements étrangers directs mondiaux. Ce qui entraine à son tour une régression du volume du commerce international. L’épidémie a causé aussi le ralentissement des initiatives commerciales dans le monde à l’instar de l’accord commercial conclu entre les Etats-Unis et la Chine sur la cessation de la guerre commerciale entre ces deux puissances ou encore les discussions entre l’Union européenne et le Royaume-Uni sur leur avenir commercial. Sur le long terme, l’impact de la pandémie sera plus profond que ce qu’on a pensé car elle est susceptible de causer des changements structurels dans le contexte de mondialisation économique.