Les technologies de l’informatique, de l’internet et des multimédias ont connu un essor remarquable depuis la fin du dernier siècle. La Tunisie n’est pas sur le tard avec ce développement et les pôles de compétitivité constituent même des leviers de croissance pour le pays. Les chiffres indiquent d’ailleurs quelques 10 000 ingénieurs sortants dans le secteur TIC chaque année mais ne cachent pas aussi les perspectives d’emploi presque inexistantes pour ces talents inexploités. Dans cet article, nous allons voir la situation du domaine de tech et du digital dans le pays ainsi que le recrutement dans ce secteur.
Le pays se fait connaître comme un territoire paradoxal à cause de ses innovations, de son environnement entrepreneurial, de sa meilleure connexion internet mobile de l’Afrique, de son taux élevé de chômage mais surtout en étant le premier pays à développer les projets innovants des start-ups du continent. Ces réalisations sont appuyées par la création de technopoles qui accueillent les activités dans le domaine de l’information et de la communication, de la recherche scientifique, du développement technologiques et d’autres spécialités. On enregistre une dizaine de technopoles répartis dans les régions comme Ariana, Borj Cédria, Sousse, Sidi Thabet, Monastir, Sfax, Gafsa, Bizerte, Médenine, Manouba et Gabès. Leurs activités se tournent autour du TIC, de mécanique, de biotechnologie végétale, informatique et électronique, énergies renouvelables, industrie agroalimentaire, textile et habillement, éco-industries etc. Le but de la technopole située à Médenine quant à elle, concerne la valorisation des ressources naturelles du Sahara.
Ces technopoles sont des espaces construits depuis l’année 1999 pour accueillir ces différentes activités dont la plupart sont axées sur le développement technologique afin d’encourager ces innovations ainsi que le potentiel de l’économie en intégrant ces activités dans les priorités du pays. On retrouve des entreprises de toutes tailles, des chercheurs, un réseau de partenaires, des établissements de formation, des ateliers relais et des zones industrielles d’appui dans ces endroits emménagés. Ces zones industrielles sont le plus souvent reliées aux industries implantées autour du pôle de compétitivité et profite des équipements de cette dernière.
En fait, les objectifs des technopoles sont la promotion d’une industrie compétitive afin d’attirer les investisseurs étrangers à haute valeur ajoutée, le développement d’un partenaire entre l’industrie et les acteurs de recherche, l’aide dans l’intégration professionnelle des diplômés des écoles supérieures. Ces pôles de compétitivités visent aussi à améliorer la compétitivité de l’économie tunisienne à travers les innovations technologiques tout en soutenant les activités industrielles dans ce domaine afin d’augmenter leur visibilité à l’échelle internationale.
Notons que les sociétés de gestion de ces espaces ont emménagés 684 ha pour accueillir ce projet. Elles ont accompagné et hébergé 200 porteurs de projets innovants et ont fait un investissement d’un montant de 205 millions de DT. Entre-temps, on recense aussi 370 entreprises crées et plus de 9 000 emplois via ces espaces ainsi que 4 plateformes de veille sectorielle et 46 projet collaboratifs avec les opérateurs européens. Les Tehnoparks ont aussi créé une dizaine de clusters sur les filières porteuses par le biais de ses réseaux de partenaires. Ces pôles de compétitivité ont également aidé une trentaine de start-up. Soulignons aussi que la Tunisie attire les investisseurs étrangers à cause de sa politique souple au niveau de l’implantation de ces investisseurs, sa richesse de talents dans le domaine de tech et de digital, ses incitations fiscales, ses subventions, ses prêts avec des conditions favorables… Le TIC représente 7 % environ du PIB tunisien.
Le pays a presque tous les atouts pour devenir un hub tech mais c’est au niveau des plateformes aéroportuaire et port ainsi que le financement bancaire que cela pèche selon la réflexion d’un responsable dans ces pôles. En attendant, Enova Robotics, fabrique sa propre marque de robot de la conception jusqu’à l’intelligence artificielle et compte pénétrer progressivement le marché international. La start-up est déjà implantée à Paris. Pour sa part, la technopole de Sfax a monté aussi le projet « TECHNORIAT » afin de soutenir les start-ups technologiques et des porteurs d’idées de projets à partir des technologies validées au niveau des laboratoires. Ce projet de 14,5 millions d’euros est financé par le programme d’appui à l’écosystème de l’entrepreneur et de l’innovation en Tunisie. Outre l’accompagnement de l’entreprenariat, le projet vise aussi à valoriser la propriété intellectuelle.
Les concepts futuristes, innovants ne cessent de se développer en Tunisie avec une hausse de 30 % de création de jeunes pousses. L’Etat est devenu aussi de plus en plus conscient de l’importance de l’IA et en a fait sa priorité. Mais le pays se démarque également par son écosystème lié aux jeux vidéo, animation, VR, effets spéciaux. Une technologie qui lui permet de se placer avec l’Afrique du sud, le Kenya et le Nigeria sur cette industrie futuriste. Le ministère se prépare aussi dans le lancement du service 5 G d’ici 2022 pour pouvoir mettre en place des projets pilotes dans certaines régions
Toujours dans le domaine de digital, Orange a lancé un appel à projets « Maisons digital » 2021. Celui-ci s’articule autour de l’amélioration de l’insertion sociale et professionnelle des femmes à travers les formations avec les outils numériques et logiciels de base afin de lutter contre la pauvreté et de donner une chance pour tous. Cet appel à projets est centré sur la création d’un espace de formation avec un kit numérique Maisons digitales, la rénovation de l’espace de formation, le soutien de la création des contenus pédagogiques, l’organisation de la formation des Maisons digitales, la contribution à la mise en place des activités économiques collectives dans ces maisons.
Toujours dans le domaine d’innovations technologiques, Intermed a lancé aussi son projet « Incubateurs pour l’innovation et transfert de technologie en Méditerranée » le mois de février 2021. L’objectif est la contribution à l’innovation, le transfert du savoir-faire et le renforcement du lien entre l’industrie et la recherche ainsi que le secteur privé et les citoyens dans la région de la Méditerranée. Le projet cofinancé par l’UE est d’un coût de 3,6 millions d’euros. D’ici 2022, on attend ainsi la création d’un réseau d’innovation transfrontalier connecté avec des nouveaux services, des programmes de mentorat etc.
Voilà pour le développement technologique, mais en ce qui concerne les opportunités d’emplois dans le secteur TIC, le programme « Start-U » en partenaire avec Enova Robotics, Giz, Proxym et la collaboration allemande a lancé un programme de formation par alternance ouvert aux jeunes tunisiens licenciés en IT en chômage qui souhaitent décrocher leur diplôme d’ingénieur. Les deux premiers vagues sortants du programme 2018-2019 ont déjà permis d’employer une quarantaine de jeunes diplômés au sein de l’entreprise Proxym.
A partir de l‘année 2020, les trois parties étendent le partenariat en ciblant une trentaine d’étudiants recrutés et comptent aussi élargir le partenariat avec d’autres entreprises IT afin d’atteindre 100 étudiants. Ce qui donne l’opportunité à « Start-U » de créer des emplois durables dans les régions tunisiennes. Ce projet vise non seulement à faire monter en carrière ces jeunes recrues qui pourront se faire connaître à l’échelle internationale, mais aussi à accroître leur employabilité et lutter contre le chômage. L’intégration dans les équipes de production de Proxym et d’Enova se fera dans les 2,5 ans après le travail sur le projet. Ce type de projet permet également d’alléger le phénomène de migrations d’ingénieurs informatiques tunisiens vers la France.