Le ramadan est une période spéciale de jeûne d’un mois des musulmans pratiquants. Pendant ce mois sacré de recueillement et de piété, ils ne peuvent ni boire ni manger de nourriture. Le jeûne est rompu à la tombée de la nuit et ils peuvent satisfaire leur appétit. Pendant ce mois de ramadan et bien avant, les commerces informels et saisonniers fleurissent. Pour cette année, les petits commerçants, durement éprouvés par les mois de confinement, peuvent respirer un peu et compenser leurs pertes financières. Tour d’horizon sur les petits métiers du ramadan et l’impact du ramadan sur l’économie du monde arabe.
Les pratiquants de la région musulmane observent chaque année le mois de jeûne du ramadan pour professer leur foi, prier, faire l’aumône, et faire le pèlerinage à la Mecque. La nuit tombée, tout le monde peuvent passer à table et si les voisins manquent de nourriture, il est d’usage de leur en donner. Travailler ou rester des heures de la journée sans avoir quelque chose dans son estomac peut être pénible, c’est pourquoi les personnes ayant un état de santé précaire, les femmes enceintes, les personnes avancées en âge et les enfants ne sont pas soumis à ces impératifs de prières et de jeûne.
Pendant ce mois de fête et des mois avant, des centaines de foyers préparent cet événement. Ce sont notamment des commerçants informels issus des familles pauvres qui profitent du ramadan pour faire un étal sommaire dans une rue passante ou devant une boutique. Ces vendeurs ambulants tous âges confondus vendent des gâteaux, des fruits secs et des nourritures comme les briouates, m’rouzia, rezet el qadi, feuilles de bastila, dattes, miel, fromages, pain,boîtes de thon à l’huile, jus à base de fruits etc pour se faire un peu d’argent.Il y en a même qui vendent de la vaisselle, de porcelaine en détail. Ces petits métiers sont certes occasionnels mais ils leur permettent d’avoir des revenus plus ou moins intéressants pendant ce laps de temps. Ceux qui ont appris comment confectionner des galettes, des gâteaux, des feuilles de pastilla en profitent aussi pour faire un petit pécule. Le commerce bat son plein surtout à Rabat. Dans l’ancienne médina de Rabat par exemple, des boutiques de pâtisseries et de laiteries changent leurs activités pendant ce mois pour vendre de « chebakia »,lwarqa et autres nourritures.Ces établissements ne réalisent leur chiffre d’affaire habituel qu’après le mois de jeûne. Certains cafés, snacks peu attirés par les petits commerces, préfèrent, quant à eux, fermer leur boutique ou réduire le nombre de leurs serveurs. Les bars sont aussi fermés car la consommation d’alcool est interdite pendant ce mois sacré.
Notons que pendant ce mois de ramadan, chaque famille musulmane a l’habitude de satisfaire leurs envies alimentaires une fois la nuit tombée, quitte à contracter des dettes auprès des voisins.Les demandes atteignent leur pic entre la prière Al-Asr et celle du Maghreb. Généralement, les femmes sortent pour faire la provision du soir l’après-midi. Certains hommes sortent aussi l’après-midi pour écourter le temps d’attente de la fin de jeûne et font la provision au marché. Les commerçants, vendeurs de briques d’amandes et fabricants de gâteaux doivent alors préparer leur marchandise dès le petit matin.
Pendant le ramadan, à cause de la hausse de demande, l’habitude des citoyens qui achètent plus que ceux dont ils ont besoin la farine, l’huile… entraîne la flambée de prix.La hausse de la consommation est la raison de l’augmentation de la demande alimentaire et de l’inflation jusqu’à 37 % selon l’économiste Abdelghani Youmni. Selon le rapport du Haut commissaire au plan (HCP), les denrées quotidiennes comme les poissons, les fruits de mer, les œufs, les agrumes sont les plus ciblées par cette hausse de prix.
Les musulmans ne s’arrachent pas uniquement des nourritures. Bakhour, encens, parfums font également la meilleure vente à l’approche de la veille sacrée du 27 ramadan. Mais si les vendeurs informels des nourritures font de bonnes recettes, le métier en voie d’extinction de Neffar peine à faire un peu de gain. Le mois du ramadan, c’est aussi la période où les mendiants font surface. Certains sont des guerrab (des vendeurs d’eau) qui n’arrivent plus à se faire de clientèle et qui profitent de la générosité des musulmans pendant ce mois pour avoir une petite entrée d’argent.Bref, ce mois de jeûne sacré et de spiritualité constitue une belle opportunité pour la croissance des petits métiers.
D’abord, ce mois de ramadan a plusieurs effets bénéfiques sur le plan spirituel des fidèles. Il les rend plus heureux car ils délaissent le travail au profit de la spiritualité pendant ce mois. Pendant ce laps de temps, les citoyens sont en effet plus assidus à répéter les prières, une pratique religieuse qui impacte sur leur bien-être. De plus, ils ont souvent un repas copieux à la rupture de jeûne. Or, ce repas nécessite des heures de préparation. Le manque de sommeil et les veillées nocturnes impactent à son tour sur leur productivité.
Sur le plan économique, le ramadan est ainsi un mois paradoxal, où bon nombre d’activités régressent, alors que le prix des denrées alimentaires s’envole. Le recul de la productivité varie entre 20 à 30 %, soit une perte de 2 heures par jour, ou 5 h au total pendant le mois. Cela est dû au manque de sommeil, à la fatigue causée par le changement de régime alimentaire, aux veillées de la nuit.Les citoyens ne pensent pas aussi à la production de la valeur ajoutée car le ramadan tombe de plus en plus vers l’hiver, période où le temps est plus frais. Cette baisse de productivité associée à la baisse de réflexe pourrait causer à son tour des accidents pour les personnes qui conduisent dans les bouchons.
Comme on l’a vu plus haut, les petits commerces, les grandes surfaces, les épiceries enregistrent leur meilleure recette pendant ce mois, tandis que les transporteurs, les hôtels les boutiques de luxe… en sont à leurs pires recettes. Ce phénomène est remarquable partout où il y a un grand nombre de communautés musulmanes. Il est évident que le couvre-feu instauré pour freiner la propagation de l’épidémie combiné à la baisse de la productivité à cause du jeûne a des répercussions non négligeables sur différents secteurs de l’économie. Du fait du changement des habitudes de consommation et du sommeil, du temps plus frais, les travailleurs sont effectivement moins motivés à exercer leur fonction.
Enfin, il est à noter qu’avant le déclenchement de la pandémie, le mois sacré est aussi la période où les sociétés de média (télévision, radio, presse, cinéma, digital) et celles offrant différents services font une belle recette.Mais comparé au montant des investissements publicitaires de l’année dernière, cette année, ils atteignent 536,5 millions de durhams contre 370,5 millions de durhams au Maroc. Un chiffre qui peut indiquer une lente reprise de l’économie nationale. La relance des investissements publicitaires concerne le digital, la télévision, la radio et la presse. L’activité des cinémas étant toujours en arrêt total depuis le début de la crise sanitaire.
En parallèle, le budget des annonceurs affiche aussi une hausse par rapport à l’année dernière. Au Maroc, la télécommunication se situe à la première place des secteurs ayant investi un montant le plus important en publicité. Il est suivi du secteur alimentaire, de la banque-assurance et finance, du secteur bureautique et de l’informatique ainsi que l’ameublement.