Depuis la déstabilisation en 2011, le nombre des organisations œuvrant pour le droit des personnes souffrant de handicap a connu une hausse. En effet, avant cette période cette tranche de population était juste un instrument politique comme les autres. Mais avec l’avènement du Printemps arabe, des associations luttent pour que ces handicapés aient plus de chances de participer dans la vie sociétale. Comment se présente l’adaptabilité de la loi au service des citoyens vivant le handicap ? Quel est le chemin parcouru par les associations en vue de l’insertion des handicapés dans le marché de l’emploi tunisien ? Explications.
La loi n° 2005-83 énonce que toute entreprise publique ou privée qui emploie moins de 100 personnes doit réserver une proportion de 1% au moins pour le poste des employés handicapés. Celles qui emploient plus de 100 personnes doivent réserver 2 % des postes à des PSH. Si l’inspecteur de travail et l’inspection médicale du travail notent un empêchement de la mise en place de cette mesure à cause de la mobilité réduite de l’handicapé, l’employeur peut laisser la personne handicapée faire son travail à distance au profit de l’entreprise. Il peut également le laisser exercer une activité en tant que main d’œuvre ou acheter les produits nécessaire à la personne handicapée afin qu’il s’installe à son propre compte. Il peut également acquérir des produits des centres de production des associations qui travaillent pour la promotion des personnes en situation de handicap.
L’obligation de l’emploi des PSH s’étend dans la durée d’une année pour les sociétés employant 100 à 500 salariés, deux années pour les entreprises ayant des effectifs entre 501 à 1000 salariés, 3 années pour les entreprises ayant plus de 1000 employés.
L’employeur qui n’applique pas cette disposition de la loi ou l’une des mesures préconisées ci-dessus aurait à payer une participation financière égale au deux tiers du salaire minimum agricole garanti. Par ailleurs, les entreprises bénéficient du paiement de la moitié ou du 2/3 de la totalité des contributions de l’employeur au régime de sécurité sociale pour le compte de chaque personne en situation de handicap employée. Elles sont dispensées également du paiement de la taxe de formation professionnelle et de la participation au fonds de promotion des logements sociaux pour chaque PSH employée.
C’est aux agents de l’inspection de travail et à l’inspection médicale de travail d’apprécier la recevabilité de l’empêchement de l’entreprise dans la mise en application de la loi.
Par ailleurs, la violation de la loi encourt une sanction selon l’article 234 du code de travail. L’amende environne 24 à 60 dinars. Elle sera doublée si l’entreprise fautive commet de nouveau la même infraction selon l’article 237. L’entreprise doit également s’acquitter d’un montant égal au salaire minimum interprofessionnel garanti en fonction de nombre de postes qu’elle devrait assurer pour les personnes handicapées pendant la durée du non respect de la loi.
A noter que la législation stipule également que le secteur public doit réserver au moins 2% de handicapés dans les travailleurs recrutés annuellement. Ces postes sont à réserver en priorité aux PSH qui disposent des compétences pour effectuer la tâche demandé. Aussi, tout agent qui est devenu handicapé par raison professionnelle ou pour autre raison, doit conserver son poste initial ou tout autre poste de travail qui s’adapte à la spécificité de son handicap lorsqu’il sera rétabli. La loi précise également que le handicap ne doit pas être un motif d’empêcher un citoyen de participer à des concours dans le secteur public ou privé s’il a les aptitudes adéquates pour exercer la fonction.
Les textes de loi qui imposent le respect des droits des PSH en Tunisie sont là, mais ils ne sont pas suffisants pour garantir leur application. Certaines personnes déplorent aussi que les sanctions ne soient pas suffisamment appliquées. Quoi qu’il en soit, le taux croissant de chômeurs est un des constats alarmants du marché de l’emploi en Tunisie. En 2012, les personnes au chômage étaient plus de 17% de la population, 40 % d’entre eux sont des jeunes, 25 % des femmes et 29 % des sortants universitaires. Bien qu’on ne connaisse pas encore le chiffre exact des personnes en situation de handicap chômeurs en Tunisie, leur taux d’emploi est en moyenne 3 à 4 fois plus bas que la population active, selon des études de l’OMS et de l’OCDE. Cette situation est due entre autres à leur inégalité de l’accès à l’éducation, leur problème d’employabilité, la difficulté d’accès aux postes de travail (bâtiments…), les discriminations au recrutement, la question de productivité. Ce qui fait que lorsque ces personnes décrochent un travail, il s’agit souvent d’un emploi dans le secteur informel ou dans des conditions peu enviables (à titre d’exemple, emploi dépourvu de protection sociale). C’est pourquoi, bon nombre d’handicapés préfèrent vivre aux dépens de ses siens ou s’appuyer sur les aides sociales plutôt que de travailler à la sueur de leur front. Or, cette dépendance entraîne la pauvreté alors même que ces personnes handicapées peuvent avoir des capacités adéquates pour exercer une fonction rémunératrice. A ces problèmes s’ajoutent les disparités dans les différentes régions. L’UTICA tente d’y remédier en cherchant en particulier à promouvoir les opportunités de travail dans les gouvernorats de Gafsa, Gabès et Arous. Pour rappel, Gafsa détenait le taux de chômage le plus élevé du pays dans le début de cette décennie. Le nombre des femmes diplômées au chômage y est estimé plus important que le nombre des hommes. En ce qui concerne les PSH, le niveau d’activité des personnes handicapées dans le pays qui sont en âge de travailler est aussi très peu élevé. Seul un petit pourcentage d’entre eux a un gagne-pain régulier.
D’autre part, comme l’économie en Tunisie est essentiellement axée sur l’agriculture et l’industrie qui représentent 54 % et 32 % du PIB, ces filières constituent les principales sources d’emplois des PSH. Or, selon une étude effectuée par Handicap international, seules 32 % des sociétés connaissent les dispositions relatives à l’emploi des PSH tandis que 78 % n’ont jamais entendu de ces obligations ou n’ont qu’une idée vague. 90 % de ces entreprises enquêtées déclarent aussi d’ailleurs qu’elles n’ont pas reçu de contrôle de l’inspection du travail pour vérifier la violation ou l’application de cette loi. Ce qui fait que seules 13 % de ces sociétés profitent des avantages liés à l’embauche des handicapés. Ainsi, pour mobiliser les différents acteurs à se conformer aux obligations de la loi, il importe de sensibiliser les entreprises sur l’importance du respect des droits des handicapés dans le secteur du travail tunisien.
Handicap international, ANETI, FATIH sont parmi les associations qui aident les handicapés de la région d’Arous, Gabès et Gafsa dans l’insertion professionnelle. Pour ce, ils ont ciblé des personnes en situation de handicap dans ces régions afin de les aider dans leur quête d’emploi adapté à leur profil. Les partenaires sociaux, le ministère de l’emploi et de la formation professionnelle, le ministère des affaires sociales, les prestataires de services comme l’ATFP coordonnent aussi leur effort avec ces associations dans l’amélioration des conditions d’accessibilité des PSH dans le monde du travail.
Il n'y a pas de secteur d'activité qui recrute plus de personnes en situation de handicap que d'autres en général, car cela dépend des compétences et des intérêts de chaque individu. Cependant, il y a des secteurs qui sont plus engagés dans l'emploi des personnes handicapées et qui offrent des opportunités d'emploi pour les personnes en situation de handicap.
Voici quelques exemples de secteurs qui ont une forte demande pour des personnes handicapées :
Le secteur de l'informatique : Il y a une forte demande pour des personnes ayant des compétences en informatique, en particulier dans les domaines de la programmation, du développement de logiciels et de la gestion de systèmes.
Les services de santé : Les établissements de soins de santé offrent des opportunités d'emploi dans des domaines tels que la thérapie physique, l'ergothérapie, la médecine et les soins infirmiers.
Les centres d'appels : Les centres d'appels sont souvent très ouverts aux personnes en situation de handicap car ils offrent des possibilités d'emploi dans des domaines tels que le support client et la vente.
Le secteur de l'hôtellerie et de la restauration : Les hôtels, les restaurants et les bars offrent souvent des possibilités d'emploi pour les personnes en situation de handicap dans des domaines tels que la restauration, l'hébergement, le nettoyage et la maintenance.
Les organismes publics : Les gouvernements et les administrations publiques sont souvent de grands employeurs de personnes handicapées, offrant des opportunités d'emploi dans des domaines tels que l'administration, les services sociaux et l'éducation.
Il est important de noter que les employeurs sont tenus par la loi d'offrir des opportunités d'emploi égales aux personnes en situation de handicap, quel que soit le secteur d'activité. Certains grands cabinets de recrutement adhèrent dans ce programme.
Les personnes en situation de handicap peuvent être confrontées à de nombreuses difficultés sur le marché du travail. Voici quelques-unes des difficultés les plus courantes :
Discrimination : Les personnes en situation de handicap peuvent être confrontées à de la discrimination dans le processus de recrutement ou dans le lieu de travail en raison de leur handicap.
Accès physique : Les lieux de travail peuvent ne pas être accessibles aux personnes en situation de handicap, ce qui peut rendre difficile l'accès aux installations et aux équipements nécessaires pour effectuer leur travail.
Barrière technologiques : Les technologies utilisées sur le lieu de travail peuvent ne pas être adaptées aux besoins des personnes en situation de handicap, rendant difficile ou impossible l'utilisation des ordinateurs, des logiciels et des autres équipements technologiques.
Stigmatisation : Les personnes en situation de handicap peuvent être stigmatisées et mal comprises par les collègues ou les employeurs, ce qui peut créer des environnements de travail hostiles ou peu inclusifs.
Manque de formation : Les employeurs peuvent ne pas offrir la formation ou les soutiens nécessaires pour permettre aux personnes en situation de handicap de développer leurs compétences professionnelles et d'atteindre leur plein potentiel.
Coût supplémentaires : Les employeurs peuvent être confrontés à des coûts supplémentaires pour fournir des adaptations et des accommodations spéciales pour les personnes en situation de handicap.
Manque d'opportunités : Les personnes en situation de handicap peuvent avoir moins d'opportunités de travail que les personnes sans handicap en raison de la stigmatisation, des barrières d'accès et d'autres facteurs.
Il est important que les employeurs prennent des mesures pour éliminer les barrières et offrir des opportunités d'emploi égales aux personnes en situation de handicap. Des adaptations et des accommodations spéciales peuvent souvent être fournies pour répondre aux besoins des personnes en situation de handicap et permettre leur participation pleine et entière sur le lieu de travail. Certains cabinets de recrutements sont dans une logique d’aider les personnes en situation de handicap.