Ces trois dernières décennies, on a remarqué un changement du climat à l’échelle planétaire. La température moyenne affiche une hausse, la pluviométrie est de plus en plus instable tandis que de nombreuses populations sont victimes de sécheresse, d’inondations, de cyclone etc. L’Afrique du nord est le plus touché par le réchauffement climatique et la baisse de précipitations. La Tunisie n’en est pas épargnée. Ce changement de climat influe sur sa productivité. Elle est actuellement victime des aléas des matières premières alimentaires mondiaux et des aléas du climat alors qu’elle pouvait se targuer de l’autosuffisance alimentaire après l’indépendance. Zoom sur cet aspect de l’influence du changement climatique sur la production nationale en Tunisie.
De par sa proximité à l’Europe, la Tunisie bénéficie d’un climat méditerranéen caractérisé par un vent aride. Mais il est aussi le pays le plus impacté par le changement climatique. Ce phénomène constitue un défi pour le pays car il impacte sur le sol, l’eau, la biodiversité, la production, l’air. Il se présente sous forme de manque ou d’excès de pluviométrie entraînant l’érosion des côtes et une sécheresse sévère tous les 6 ans. Et cela date depuis 1958. En 2003, le pays est aussi victime des inondations intenses. De son côté, le ministère de l’Agriculture a prévu une chute modérée de précipitations à l’horizon 2030 et une hausse de 1,1 °C de la température moyenne par an sur l’ensemble du pays. Cette augmentation de la température moyenne pourrait atteindre 1,5 °C à 1,9 °C à l’horizon 2050. Ce changement des conditions du climat affecte de nombreux secteurs, dont l’agriculture. Ce phénomène devrait provoquer une hausse de sécheresse, une remontée des étages bioclimatiques vers la partie nordique ainsi qu’une extension de l’étage de Sahara et la disparition complète de l’étage humide d’ici 2100. Cela implique un bilan hydrique défavorable sur tout le territoire dû à la baisse de ressources en eau des productions. On peut anticiper aussi une hausse de température de l’hiver qui pourrait influer sur le développement de cultures et le rendement. Sans oublier le stress hydrique qui entraîne l’augmentation des jours des chaleurs suffocantes et la perte de fertilité du sol.
La production nationale principalement, des cultures céréalières, de l’olivier à huile, de production de viande rouge et des produits issus de la pêche maritime dépend de cette évolution du changement climatique. Or, le potentiel en eau de la Tunisie est épuisable car le tiers des ressources hydriques souterraines vient des nappes renouvelables. Cela provient des eaux pluviales, des précipitations, des hausses de température et de l’évaporation. Le changement climatique aura donc un impact sur les activités dépendantes à cause de la diminution de la pluviométrie et la hausse de la température. Ce phénomène n’affecte que les nappes à ressources renouvelables. A noter que le quota en ressources renouvelables par habitant et par an est très faible et il n’est pas en mesure de satisfaire la demande en eau des secteurs avec les technologies de pointe actuelles. Par ailleurs, l’ampleur des épisodes de chaleur entraîne une hausse du niveau de la mer et une hausse de la salinité et de l’acidification. Ce qui constitue un risque pour l’agriculture et la pêche.
Pour en revenir à l’impact des conditions climatiques sur l’agriculture, les agriculteurs basés au centre et au nord du pays optent de plus en plus pour l’arboriculture irriguée qui nécessite à l’origine de l’eau de pluie. Ceux basés au nord choisissent l’irrigation des cultures céréales par les eaux de barrages. Ils sont aussi formés aux techniques d’économie d’eau. Par ailleurs, les agricultures du centre et du sud sont les mieux armés contre le changement climatique. Ils ont depuis longtemps choisi l’irrigation intensive à partir des eaux souterraines.
Les cultures céréalières sont les plus affectées par le changement de climat. Béja détient 9 % de cette culture en termes de superficie totale. 95 % de la culture est mené en régime pluvial. Entre 1980 à 2009, le blé tendre présente le meilleur rendement, suivi par le blé dur et l’ogre. La hausse de la température annuelle moyenne, la baisse de la précipitation annuelle, l’apparition de gel printanier, la survenue de périodes de stress hydrique…. impactent sur les céréales conduites en pluvial. Les projections sur le changement de climat indiquent une réduction de rendement de blé dur de 14 à 26 % à l’horizon 2100. Quant au blé tendre, le scénario affiche une baisse de 18 % à 30 % à l’horizon 2100. Ces baisses auront des impacts négatifs sur la production céréalière en Tunisie.
Rappelons que la date de semis de ces cultures est toujours entre novembre et décembre et les agriculteurs font la récolte en juin. Or, les céréales tout comme les autres cultures nécessitent de l’eau pendant leur cycle de développement. Le manque d’eau, la température basse ou haute réduit le rendement. Selon les estimations, d’ici 2050, il y aura des pertes d’emploi de 30 % et des réductions potentielles de 30 % à 50 % sur l’apport au PIB de la production céréalière d’ici 2100. Ce qui aura des répercussions sur l’autosuffisance du pays et la hausse des importations.
La production des céréales n’est pas la seule exposée aux méfaits des changements climatiques. Le manque d’eau et l’augmentation des jours chauds impactent aussi sur la production d’olive et de l’huile d’olive. C’est dû au fait que la culture des oliveraies est située proche des zones déjà défavorables. Ce changement pourrait causer des pertes d’exportations annuelles de 228 millions dollars d’ici 2100, soit une baisse de rendement de l’ordre de 30 %. Il entraînera aussi la baisse des aires favorables à l’oléiculture d’ici 2100. L’effet du changement climatique sur la production de viandes rouges et caprines quant à lui est faible. En revanche, le changement de climat est favorable à la production des produits de mer sauf celle de la pêche au charfia et la pêche à pied.
La hausse des besoins en eau est plus ressentie au centre de la Tunisie, dans les régions de Kasserine, Sidi Bouzid et Kairouan. Pour éviter l’aggravation de la situation de la pénurie en eau, les autorités ont pris des mesures comme la construction des unités visant à dessaler l’eau de mer, la valorisation des eaux usées traitées ainsi que l’étude d’un transfert de parties de ressources hydriques excédentaires de l’extrême nord vers le centre du pays. Le gouvernement a mis en place aussi un programme de recharge artificielle des nappes.
Concernant la gestion de l’eau agricole, le gouvernement a encouragé le recours à l’agriculture de conservation tout en assurant le suivi météorologique et climatique. Il a aussi initié un programme visant à rééduquer les agriculteurs sur la réutilisation des savoir-faire ancestraux. Outre la mise en place de programme National de l’économie de l’eau depuis 1995, le gouvernement a également effectué une irrigation goutte-à-goutte sur 46 % de la totalité des périmètres irrigués, contre 30 % pour l’irrigation par aspersion et 24 % pour l’irrigation gravitaire améliorée. D’ailleurs, le programme d’économie d’eau est devenu une composante essentielle de l’équipement des surfaces irriguées. Entre 2015 et 2024, le gouvernement a également mis en place la stratégie nationale de gestion durable des forêts et des parcours en Tunisie.