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L’éducation en Tunisie, quel avenir ?



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L’éducation fait partie des priorités du pays depuis la dernière décennie si on se réfère à la hausse de 112 % du budget ministériel de l’éducation entre 2001 à 2011. Cependant, force est de constater la défaillance du système éducationnel malgré les réformes mises en œuvre et la bonne volonté du régime à offrir une égalité de chances pour tous et à s’adapter aux standards internationaux en termes de qualité. Les preuves les plus tangibles de cette panne sont entre autres, la difficulté d’intégration dans le marché de l’emploi des jeunes diplômés et le taux de non employabilité. La mise en place du plan stratégique de refonte du système éducatif dans le cadre du plan de développement 2016 à 2020 vise à redresser cette situation. Où en est actuellement le bilan de ce système éducatif ? Décryptage.

L’un des points forts du système éducatif en Tunisie est l’investissement immense de l’Etat dans les ressources humaines et financières pour promouvoir ce secteur. La scolarisation primaire est presque généralisée pour les filles comme les garçons avec un taux de 98,7 %. Mais il descend à 78,5 % pour l’enseignement secondaire. La cause de cette baisse est notamment due au problème de précarité sociale.De nombreux parents dans les gouvernorats peu développés n’ont pas le moyen d’envoyer leurs enfants en classe dès la classe de 7èmeet ces derniers doivent quitter l’école. Cela impacte sur le taux de pourcentage des bacheliers qui est aussi en régression depuis ces dernières années. Le faible rendement se caractérise par une prépondérance de filières lettres, une baisse de taux d’orientation dans les filières techniques,mathématiques et sciences. Ces bacheliers accèdent à l’enseignement supérieur sans avoir une idée de ce qu’ils vont faire plus tard et sans projet professionnel. Ce qui fait que l’enseignement n’est plus considéré comme un moyen d’ascension sociale car de nombreuses personnes peu instruites peuvent gagner bien leur vie. Le système LMD (licence, master, doctorat) instauré en 2009 est dénoncé d’avoir été la cause de cet échec. La mise en place de ce système est jugée comme peu compatible au contexte social et à la capacité de l’environnement à recevoir les diplômés.

Concernant justement l’acquisition de connaissance académique avec ce régime LMD, si celui-ci est bien implémenté, il pourrait valoriser le savoir-faire et savoir-être des jeunes et il sera une arme efficace dans la lutte contre le chômage. Mais le problème c’est que les autorités n’ont pas compris que ce régime est en décalage avec la réalité scolaire. Il ne suffit pas de suivre un cursus académique pour décrocher un poste. Un nouveau système basé sur une intelligence théorique et pratique sera plus performant. Ainsi, il faut commencer par la réforme du fondement sociologique et un désengagement progressif de la tutelle de l’Etat dans la gestion financière des institutions publiques. Il est même plus pertinent de parler de dépolitisation de l’école pour rehausser le niveau des enseignants et améliorer la qualité de l’éducation. Cela donnerait plus de chance à ces écoles et universités publiques de se renouveler constamment afin de faire face à la concurrence du secteur privé et satisfaire les besoins du marché de l’emploi.

 Par ailleurs, les faiblesses du système éducatif tunisien sont en partie dues à la mauvaise gestion des ressources humaines (corruption dans les bureaux, problème de recrutement des enseignants… ). Certains des enseignants sont en effet recrutés à cause de leur nombre d’années passées dans l’armée, leur couleur politique…au lieu de leur compétence. A cela s’ajoutent le vieillissement des écoles publiques, l’accumulation inactive du savoir, les problèmes pédagogiques (enseignement scientifique en arabe puis en français, méthode d’enseignement caduque, tendance de l’enseignement dans l’endoctrinement plutôt que dans la formation des apprenants et élèves capables de pratiquer leur savoir et ayant une bonne instruction civique).

On ne doit pas aussi oublier le rôle tenu par les écoles privées et les cours particuliers depuis ces 3 derniers décennies. L’Etat est responsable de cette privatisation et dès que les infrastructures publiques ne sont pas à la hauteur des exigences de parents privilégiés, ils envoient leurs enfants dans le secteur privé. Le système éducatif est ainsi menacé par la dépréciation des établissements éducatifs publics et le métier d’enseignant, la fuite des compétences, la faible interaction entre les filières enseignées à l’école et la formation professionnelle. La tendance du système éducationnel actuel évolue aussi vers les savoirs scientifiques (TIC) ainsi que les langues étrangères et la commercialisation du savoir.

Quoi qu’il en soit, le Plan de développement 2016-2020 vise à renforcer la relation entre l’école et son environnement afin que l’enseignement s’adapte aux besoins de la société. Les stratégies de ce plan s’articulent autour de la révision du système d’évaluation et de professionnalisme des enseignants à travers les stages, le recyclage ainsi que l’amélioration des équipements et des conditions de travail dans les infrastructures. Cette réforme structurelle est aussi axée sur le renforcement de la décentralisation dans la prise de décision sur le plan financier, pédagogique ou administratif et le renforcement de l’utilisation des nouvelles technologiques informatiques dans les écoles.

Outre ces problèmes du système éducationnel, ce mois de décembre 2018, on note également un fait qui alimente les journaux. Il s’agit du conflit entre le ministère et le syndicat. Le syndicat de l’enseignement secondaire revendique une hausse salariale et décide de boycotter les examens des élèves pour obtenir une réponse positive à leur demande. Il indique que cette prise de décision est due au manque de respect de l’engagement des autorités en tutelle. Or, le ministère de l’éducation rappelle que cette décision conduit à des retenues sur les salaires des enseignants responsables. Sur le plan social, il faut dire que les élèves ne sont pas prêts à affronter cette situation. Les régimes de dictature qui se sont succédé dans le pays ont façonné les petits et grands à l’obéissance à l’autorité et les élèves ne se sont pas préparés à cette situation qui risque de les déconcentrer. De plus, cela pourrait impacter sur la stabilité de l’enseignement scolaire en général. Tout cela prouve à quel point ce secteur requiert une réforme effective.

La refonte globale de l’éducation nécessite la prise de conscience et la mobilisation des acteurs concernés. Pour résoudre le problème de l’inadéquation du système scolaire, il faut revoir la valeur ajoutée de l’enseignement transmis. Un enseignement basé sur le développement de l’initiative, l’adaptation et la créativité ainsi que la capacité de dénouer les différents problèmes est à préconiser.

Les enseignants devraient aussi bénéficier d’une formation solide sur la communication pédagogique, la gestion de conflits, la psychologie des jeunes enfants. Pour ce, le ministère concerné devrait donner aux infrastructures concernées les moyens nécessaires pour entreprendre ces changements. La réforme commence par la base jusqu’aux universités publiques. Concernant ces dernières, elles devront aussi s’adapter aux normes internationales d’accréditation des diplômes afin que leurs sortants ne se voient pas refuser leur diplôme à l’international.La révision de rapport de tutelle est aussi un élément important.Enfin si les institutions arrivent à former des diplômés capables de traiter les informations et d’analyser les données quantitatives tout en ayant la compétence dans la vente et le marketing et les compétences linguistiques, cela pourrait réduire le taux des chômeurs diplômés.

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